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The Root Book facilite l'écriture collaborative

Tu veux écrire de la fiction à quatre mains, à six mains, ou même plus, facilement et sans avoir de co-auteurice ?

The Root Book est un site d'écriture collaborative unique, où n'importe qui peut participer à n'importe quelle histoire et à n'importe quel moment de l'histoire.

Quel que soit ton genre préféré - fantastique, romance, science-fiction - ta voix a sa place ici. Seule l'imagination est la limite !

La ramification des histoires

The Root Book fonctionne sur le principe d'une arborescence des chapitres : un seul prologue donne naissance à de nombreux chapitres 1, qui sont les débuts d'histoires Chaque chapitre peut avoir autant de suites que possible, et chacune de ces suites peut à son tour se diviser en de nombreuses histoires.


Image illustrant la ramification des chapitres
Image illustrant la ramification des chapitres

Il te suffit d'un pseudo et d'un email pour te mettre à écrire

Si tu as besoin d'améliorer ton écriture, tu peux relever les défis d'écriture et ainsi travailler, tout en voyant ce que les autres écrivains proposent.
Et si tu as une idée, tu peux créer ton propre défi à la suite du prologue, juste en cliquant sur la case "défi".

Beaucoup d'histoires par de nombreux auteurs

The Root Book est un site très dense, avec sa multitude d'histoires qui possèdent tous leur propre multivers. Pour t'aider à naviguer dans cet arbre géant, plusieurs outils sont à ta disposition.

L'arbre des histoires te permet de visualiser la structure de chaque histoire et de comprendre comment les différents chapitres s'articulent entre eux. C'est un excellent moyen de voir l'ensemble de l'histoire et de choisir où tu souhaites contribuer.

Notre système de tags te permet de trouver des histoires qui correspondent à tes centres d'intérêt. La page des tags. Sur chacun de tes chapitres, tu peux ajouter les tags que tu veux, même ceux que personne n'a encore utilisé !

Le Concept Unique de The Root Book

The Root Book, c'est une expérience littéraire unique que je t'invite à découvrir. Ici, la magie de l'écriture collaborative prend vie. Chaque histoire se transforme en un véritable cadavre exquis où chaque auteur apporte sa touche personnelle, pour une aventure littéraire sans pareil.

Chaque histoire possède son propre multivers !

The Root Book est porté par une association à but non lucratif, qui a pour mission de fournir un outil 100% gratuit et en ligne pour tous, afin que chacun puisse exprimer sa créativité.

Si tu es enseignant·e ou professeur et que tu souhaites utiliser notre plateforme pour ta classe, n'hésite pas à m'envoyer un message pour me poser toutes les questions. D'autres ont déjà passé le pas.

La Monnaie de l'Imagination : Les Points TRB (🌳)

Sur The Root Book, chaque action compte. Les points TRB, symbolisés par le petit arbre 🌳, sont une manière de récompenser ta participation active à la plateforme. Tu les gagnes en écrivant (que ce soit des chapitres ou des commentaires), en donnant et recevant des coups de pouce, en relevant des défis et même en faisant un don à l'association T.R.B.

Ces points ont de la valeur ! Ils peuvent te permettre d'afficher des liens vers tes réseaux sociaux, augmentant ainsi ta visibilité au-delà du site. Tu peux également proposer de nouvelles façons de les dépenser directement sur ton compte.

Nos Chiffres-Clés et des Tags

The Root Book, c'est une communauté dynamique et des histoires incroyables à découvrir.

510 auteur·rice·s inscrit·e·s
691 chapitres coécrits
896797 lectures

Voici les tags préférés sur la plateforme :
Collaboratif (203) Écriture (178) Début (147) Concours (127) Prologue (126)
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Si tu as plus de questions, il existe une FAQ.

Si tu as des suggestions ou si tu rencontres des problèmes sur le site, n'hésite pas à me contacter. Je suis là pour t'aider et répondre aux demandes dans les plus brefs délais. Tu peux me contacter via le formulaire de contact.

Un site avec de fortes valeurs collaboratives

En tant qu'association, The Root Book est ouvert à de nombreuses possibilités de partenariat. Que tu sois une association, une entreprise, un blogueur ou un influenceur, nous sommes toujours ravis d'explorer de nouvelles collaborations.

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Quelques Chapitres à ne pas oublier

Au matin, Clara était déjà partie. Elle devait faire des trajets insensés dernièrement et partait aux aurores. C’était moi qui accompagnais Amanda à l’école, qui lui préparais son petit-déjeuner, qui la réveillais, mais avant… Avant un café-clope s’imposait. Comme toujours.J’enfilai mon jeans puis un sweat et allai directement à la machine à café. Cela faisait des mois que je pensais acquérir un moulin pour broyer les grains, histoire de boire un truc convenable, ne pas me bousiller les intestins qu’avec du fusible en capsule. Mais bon, c’est comme pour tout, ça passe après le reste et finalement, dès le matin, c’était du noir que je broyais. C’étaient ces saloperies de nouvelles que je lisais avant de me coucher qui me retournaient le cerveau et au matin, je voyais tout à mal. Machine à café compris.Après ça passait. L’air frais du balcon, la clope qui, d’une certaine façon, emplissait l’espace intérieur et me permettait de rejeter à l’extérieur des débris de nuit. Ils partaient en fumée et je me sentais mieux. Voilà. Je pouvais enfin commencer ma journée.Je regardais au dehors les gens qui se déplaçaient comme sur un vaste échiquier. Celui-ci sautillait comme un fou, cet autre avait la cadence déboîtée d’un chevalier et enfin, le roi de la place qui ne quittait pas son banc. C'était ainsi, toujours le même jeu mais jamais la même partie. L’heure passait et il était bientôt temps de réveiller la petite, mais avant… Avant mes mails. J’avais encore laissé l’ordinateur allumé - béance d’une énergie morte à l’adresse d’un absent, moi, parti me coucher. Je secouai la souris pour réveiller l’inerte et tombai sur l’article sur les disparitions.Mon regard accrocha : « Amanda, 9 ans » et mon esprit se figea l’espace d’un instant. J’ai regardé ailleurs, pour rien, pour accrocher quelque chose de fixe comme un mur ou pour récupérer un brin de jugeote quelque part - l’espace d’une seconde, une demi-seconde peut-être. Puis je continuai ma lecture : « 29 septembre 2024 ». Je regardai le bas de l’écran où s’affichait alors : « 30 septembre 2024 ». Et je souris. C’était par réflexe, c’était un peu bête sans doute. Purement instinctif. J’ai agité la main et le petit pointeur sur l’écran s’emballa, se heurtant contre les bords du cadre numérique. « ses parents regardaient un film au rez-de-chaussée ».« Putain. »Je me forçais à rire, bien fort, juste pour évacuer au loin la frayeur que je m’étais faîte. Quel con ! Mais quel con… Le rez-de-chaussée du 4ème de l’immeuble ? N’importe quoi ! Ce soir on en rira avec Clara. Je fermai la page et éteignis l’ordinateur. Un coup d'œil à la pendule et je me dirigeai vers la chambre d’Amanda.La porte de sa chambre était verrouillée, comme je le faisais tous les soirs. Je souris encore. Mais quel idiot je pouvais être, franchement ! Fallait que je me calme sur la parano, c’était sans doute pas bon pour la gosse. J’ouvris lentement la porte et l’appelai doucement.« Amanda ? Amanda ? C’est papa, c’est l’heure de te lever ma chérie. » Je remontais les stores vénitiens qui préservaient l’enfant de la clarté du matin quand j’entendis hurler. C’était elle, c’était l’enfant. Je me retournai et je vis la petite prostrée dans un coin du lit, ramassée contre le mur et qui me regardait comme… comme un inconnu.« Amanda, Amanda, mais enfin calme-toi ma puce, qu’est-ce-qu’il t’arrive ? Tu as fait un mauvais rêve ? Aman... »Je m’interrompis.Cette enfant…Cette enfant n’était pas Amanda.

Chapitre 2 :
N'est-elle ?

de l'histoire
Amanda
par Νάουσα
Début Écriture Fiction

Washington D.C., United States of America. La faible circulation sur la New-York Avenue North-West en ce début d'après-midi d'une chaude journée d'été n'émettait qu'un léger bruit de fond dans le bureau aux meubles sombres. Les épais rideaux partiellement tirés ne laissaient passer que peu de rayons du soleil, accentuant la solennité de l'instant.   L'homme, assis devant un massif bureau en noyer, se laissa aller en arrière dans son grand fauteuil confortable, les yeux plongés dans le liquide brun que sa main droite faisait tourner dans le verre en cristal : -Franchement, je ne sais pas... Son interlocuteur, assit sur une simple chaise de l'autre côté du massif bureau, redressa ses lunettes, le regardant fixement : -Monsieur le Sénateur, je sais que, tout comme moi, vous êtes croyant. L'autre en face redressa la tête. L'homme aux lunettes reprit : -Comme moi, vous accordez donc un certain crédit à la chose scientifique, mais ne goûtez guère à sa volonté de rationaliser toute chose et d'écarter ce qui ne rentre pas dans le cadre qu'elle définit. Notamment concernant ce qui a trait aux contes et légendes populaires, ancestrales et religieuses. -Je suis d'accord avec vous sur ce point. Mais ne me dites pas que vous êtes prêt à croire tout ce que le premier affabulateur venu vous dira. -Non, monsieur le Sénateur. Bien sûr que non. -Alors avouez que certaines des solutions envisagées au Projet, incluant celle dont il est question aujourd'hui, ressemblent plus à des histoires pour faire peur aux enfants qu'à des solutions viables. Il nous faut arriver à quelque chose de concret ! L'homme aux lunettes se repositionna sur sa chaise. -Je suis d'avis de rester le plus ouvert possible, quitte à sortir de temps en temps du cadre scientifique et de ce qui peut nous sembler... normal et cohérent. L'homme dans le grand fauteuil, qui avalait une gorgée, manqua de s'étouffer : -De temps en temps ?! L'homme aux lunettes sourit : -Régulièrement, je dois bien l'avouer. Mais dois-je vous rappeler le contexte du Projet ? L'autre termina son verre d'un grand trait, et s'enfonça dans son fauteuil. -Je sais bien que la crise des missiles de Cuba nous a mis devant le fait accompli que nous n'étions pas du tout préparés à une guerre nucléaire. -Pensez donc : pour la première fois de notre jeune existence, si l'on fait abstraction de Pearl Harbor, le territoire américain se retrouvait sous une menace militaire directe. Et nucléaire, qui plus est ! -A Cuba ! Comment les Soviétiques ont-ils pu avoir le culot de venir si près de chez nous... Savez-vous que j'ai une villa secondaire à Miami ? Cela dit, j'imagine que vous le savez très bien, et que vous possédez un dossier béton sur moi. Il regarda son interlocuteur en souriant. L'autre ne se laissa pas démonter : -Voyons, monsieur le Sénateur, ne me dites pas que vous ne possédez pas de votre côté un dossier béton sur moi-même ? Cela dit, vous avez dans le fond raison sur un point : vous risquez plus gros que moi. -Et comment ! -Mais je peux vous le garantir : tout ce qui a trait à la sécurité nationale, surtout avec la menace soviétique qui pèse aujourd'hui, et ce malgré les simulacres de la Détente, jouit d'un prestige immense auprès de la population, et par là même, auprès de l'administration. Une réussite du Projet serait un grand coup politique pour votre carrière. Suffisante pour voir haut. Colistier de Barry Goldwater, qui devrait être choisit candidat chez les Républicains ? Ou même, pourquoi pas, candidat des Républicains ? -Vous savez flattez les egos. Mais encore faut-il pour cela que le Projet porte ces fruits. Je ne me fais pas d'illusions, l'élection de 1964 arrive trop rapidement. Je vise plutôt celle de 1968. -Je vois que vous êtes prévoyant ! -Comment croyez-vous que je sois arrivé dans ce bureau et à ce poste ? Chacun son job. Et les moutons seront bien gardés. -Et la menace des retombées radioactives ne sera qu'un lointain souvenir. Les deux lâchèrent, qui un long rire gras, qui un bref ricanement. L'homme dans le grand fauteuil servit une petite rasade du liquide brun dans les deux verres en cristal posés devant lui et en fit glisser un de l'autre côté du bureau : -Vous m'avez convaincu. Je vous donne carte blanche quant à ce Milan Zoocrew. -Milovan Zlotocrew. Chacun but son verre cul-sec. -Quel nom ! -Je ne vous le fais pas dire, monsieur le Sénateur. -Bien entendu, vous avez mon accord plein et total, tant que vous restez dans le budget qui vous a été alloué. L'homme aux lunettes se leva : -Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas la difficulté du Projet. Je vous préviendrais dès que j'aurai du nouveau. Il serra la main tendue par son homologue et se dirigea vers la porte de sortie. L'autre l’interpella avant qu'il ne sorte : -Que dieu bénisse l'Amérique, et maudisse ces foutus Soviétiques . L'homme aux lunettes se tourna, sourire aux lèvre : -Que dieu bénisse l'Amérique, et maudisse l'ensemble des Communistes, monsieur le Sénateur. Puis il referma la porte derrière lui.    Would you be free from your passion and pride ? There’s pow’r in the blood, pow’r in the blood ; Come for a cleansing to Calvary’s tide ; There’s wonderful pow’r in the blood.   La rouge et flamboyante Chevrolet Impala 1960 avançait doucement sur l’Interstate 94, I-94, perdue quelque part entre Fargo et Bismarck. La radio du véhicule, captant une station locale, crachotait une version gospel du titre « There Is Power In The Blood » de Lewis Ellis Jones. Dave Lorenzo se fit la réflexion que cette chanson était curieusement en accord avec la raison de sa venue dans le Dakota du Nord. Son regard était perdu sur cette longue ligne droite qui semblait se poursuivre jusqu’à l’infini, seulement bordée de part et d’autre de champ s’étendant également à perte de vue sur cette grande terre plate et fertile. L’esprit vadrouillant, ses pensées continuèrent à dériver, se disant que le Dakota du Nord devait bien être le trou du cul des USA. Cependant, il devait bien avouer que cette région, loin de toute grande-ville, de tout centre économique, de tout intérêt quelconque, en fait, seulement quadrillée de champ à perte de vue, représentait une cachette idéale pour le sujet Irina Krolowaski. Honnêtement, qui penserait, et aurait même envie, de venir la chercher ici ? Cela dit, les Soviétiques n’avaient-ils pas fait de même avec elle, en la gardant recluse dans un petit kolkhoze perdu près de Romny en République Socialiste Soviétique d’Ukraine ? Cela ne leur avait pourtant pas réussi, l’opération rondement menée par les agents de la CIA liés au Projet ayant permis de l’exfiltrer facilement. Néanmoins, il se rendait compte qu’ils avaient été rudement bien renseignés par ce fameux Red Arrow, qui devait avoir une place assez élevée dans le système de renseignement Soviétique, étant donné la qualité et la précision des informations transmises et, pour l’instant, leur exacte véracité. Il fallait maintenant voir si les informations concernant le sujet Irina Krolowaski s’avéraient exactes. Les motivations de ce Red Arrow étaient d’ailleurs bien obscures, puisqu’il n’avait jusqu’à présent formulé aucune demande ou rétribution suite aux informations transmises. Était-ce un agent soviétique qui souhaitait négocier un passage à l’Ouest ? Était-ce une tentative des services de renseignement Soviétiques de mise en place d’une liaison piégée, tentant d’amadouer les services secrets américains par quelques « fuites » mineures rigoureusement contrôlées pour ensuite pouvoir espérer un retour sur investissement plus conséquent ? Pourtant, Dave se disait que la perte d’Irina, si ce qui avait été vendus aux Américains à son propos était exact, ne pouvait être considéré comme une « fuite » mineure. A moins qu’ils n'aient également prévus de leur côté une tentative d’exfiltration de cette pauvre femme. Mais il se dit que cela était loin d’être son problème, Irina ne s’avérant, pour lui, qu’un moyen de pouvoir approcher une cible bien plus grosse et intéressante : Milovan Zlotocrew. Ce nom l’obsédait. Et les dernières informations transmises par Red Arrow étaient prometteuses. Incomplètes, mais prometteuses. Et malheureusement également de mauvais augure : les Soviétiques avaient enfin eu vent de son nom. Et s’étaient également mis à sa recherche, avec l’avantage non négligeable d’une proximité géographique tellement bienvenue.   Le moteur de l'Impala émit quelques vibrations qui tirèrent Dave de ses pensées. Il soupira de dépit et se gara sur le bas-côté de l’I-94. Ces puissantes voitures avaient un moteur qui chauffait vite, notamment lors de chaudes journées d’été. Il ouvrit le capot pour laisser refroidir le moteur, sortit une Marlboro de son paquet qu'il alluma avec son Zippo. Il ouvrit ensuite le coffre, en sortit une carte routière qu'il étala sur le toit de la voiture, et l'examina. Regardant tout autour de lui, tentant de se rappeler le nom des villes sur les panneaux de sortie, il dut bien se rendre à l'évidence : il ne savait pas où il se était. Le bruit d'un puissant moteur le fit regarder dans son dos. A 100 mètres environ, une énorme machine agricole avançaient péniblement dans sa direction. Au bout de quelques minutes, la machine avait atteint la limite du champ bordant l'I-94, son puissant moteur était coupé et un solide gaillard descendait du cockpit. -Z'avez une bi'n belle voiture ! -Merci. Chevrolet Impala de 1960. Dave Lorenzo. Le fermier serra la main qui se présentait à lui. -Robert Smith. Pouvez m'app'ler Bob, com' tout l'monde ici. Z'avez un problème avec la voiture ? Dave tendit une cigarette que l'autre accepta, et l'alluma avec son briquet. -Ces voitures sont puissantes, mais leur moteur chauffe vite, surtout avec ce temps-là. Il faut le laisser se reposer de temps en temps si on ne veut pas le bousiller rapidement. -J'ai l'même problème avec mon John Deere. Z'êtes perdu ? J'peux vous aider ? -Je vais vers Spiritwood. Je ne sais pas si j'ai loupé la sortie. L'autre le regarda en ricanant : -Vers Spiritwood ? Z'aller à la maison d'la Sorcière ?   Dave Lorenzo indiqua qu'il n'avait jamais entendu parlé de la maison de la Sorcière, qu'il cherchait en fait à rendre visite à une de ses sœurs et son beaux-frère pour une douloureuse histoire d’héritage. Cet argument sembla suffire à convaincre Bob de ne pas chercher à en savoir plus. Tirant les vers du nez de l'agriculteur, Dave apprit que la « maison de la Sorcière » était une vieille maison que tout le monde connaissait dans le coin sans savoir à qui elle appartenait, qui avait toujours été vide jusqu'à ce qu'une résidente, la fameuse Sorcière, et ce qui semblait être des médecins et des militaires, ne viennent s'y installer il y a quelques mois. Quant à la Sorcière, Dave apprit qu'il s'agissait d'une femme à l'aspect ravagé, qui semblait folle et récitait parfois de terribles incantations dans une langue démoniaque. Bob lui indiqua le chemin pour se rendre à Spiritwood, et ils prirent congés l'un de l'autre, chacun balançant son mégot sur le bitume et rejoignant son véhicule.   En se réinsérant sur l'I-94, Dave se fit la réflexion que quelque chose clochait. Il avait dû y avoir des fuites. Malencontreuses ou volontaires, mais bien réelles. Car, bien entendu, la « maison de la Sorcière » était bien sa destination. Et la Sorcière était bien Irina Krolowaski. Il fallait qu'il alerte son supérieur le plus rapidement possible afin qu'une enquête et un audit de terrain soient réalisés pour estimer la gravité et la portée des éléments ayant fuités. Après tout, peut-être était-ce seulement localisé, par le biais de ragots et racontars, sur une zone restreinte. Malgré sa présence sur site, il n'avait pas les compétences pour pouvoir réaliser ces tâches. Et de toute façon, la sécurité d'Irina et la partie du Projet la concernant sortaient de son cadre de mission. L'expertise psychologique et tous les tests à venir, qui s'inscrivaient eux dans la recherche liée au Projet, étaient de la responsabilité du docteur Morrison. Il gardait bien en mémoire que sa mission actuelle, et celle de son équipe, était de retrouver au plus vite l'insaisissable, troublant mais tellement prometteur Milovan Zlotocrew.   Suivant les indications de Bob, Dave quitta l'I-94 à la prochaine sortie, continua tout droit pendant quelques kilomètres avant de prendre à gauche à la troisième intersection. Il traversa Spiritwood et continua selon les instructions que l'on lui avait donné pour se rendre à destination. Il entra sur le terrain non clôturé de la maison, s'engageant sur le chemin de gravillons bordé de part au d'autre d'une pelouse verte parfaitement entretenue qui tranchait avec le paysage agricole alentour, et alla se garer devant à côté de trois véhicules déjà stationnés devant la vieille bâtisse en bois sombre à un étage. La maison ne se trouvait qu'à environ 20 mètres de la route, la parcelle n'était délimité par aucune clôture ou haie pouvant la dissimuler et les voitures garées, ainsi que leur plaques d'immatriculation, étaient parfaitement visibles depuis l'extérieur. Sortant de la voiture, il vit un militaire venir d'un pas nonchalant dans sa direction, ne cherchant aucunement à cacher son appartenance à l'armée. Dave se dit qu'il semblait y avoir quelques changements à effectuer pour éviter que les gens du coin ne se posent trop de question, même si le mal semblait déjà fait. Le militaire, un sourire aux lèvres, tendit sa main tandis que l'autre sortait de la voiture : -J'imagine que vous êtes not' visiteur du jour ? -Salut ! Effectivement. Dave Lorenzo, répondit Dave en serrant la main du militaire. Il sortit sa carte de sa veste qu'il montra au soldat. Celui-ci compara la photo à son interlocuteur et lut à voix haute. -Dave Lorenzo. Projet Curie. Cellule D. Niveau 3. Chercheur. Niveau 3 ? Ça ne rigole pas ! Dave se dit intérieurement qu'il n'aurait pas dû montrer cette carte. La rangeant, il demanda : -Je suis désolé d'être aussi procédurier, mais puis-je voir la vôtre ? -Pas d'soucis, c'est la règle. Même si franchement, ce n'est pas avec le monde que l'on voit par ici... On sentait une trace de mélancolie dans sa voix. Dave regarda la carte proposée : William Fitzgerald. Projet Curie. Cellule D. Niveau 1. Soldat., puis la rendit en disant : -Bonjour, Bill. William fit le salut militaire en rigolant, avant de reprendre, sérieux : -Vu vot' plaque, j'imagine que vous avez fait un long voyage. Venez, j'vous accompagne à la cuisine, vu l'odeur, y a du café qui doit être prêt. P't'être que Jim et Elsie y seront. Dave suivit Bill. Ils entrèrent par la porte principale, prirent à droite et entrèrent dans la cuisine au fond du couloir. La pièce était vide, deux tasses de cafés partiellement remplies sur la table. Bill ouvrit un placard, en sortit une tasse qu'il remplit de café tiède et posa sur la table. -Asseyez-vous, M. Lorenzo, je vais chercher Jim et Elsie. -Bill, avant de partir, je voulais savoir... êtes-vous armé ? Bill, souriant, tapota son dos : -J'ai un revolver ici, et un fusil d’assaut qui traîne dans une pièce, en haut.   Dave terminait son café lorsqu'un afro-américain grand et mince entra dans la cuisine, suivis d'une petite grosse femme blanche à l'air bienveillant. Il se leva et tendit la main que l'homme ignora superbement, lui demandant agressivement : -Puis-je voir votre carte ? Dave, légèrement sonné, sortit sa seconde carte que l'homme lui arracha des mains pour la lire. Il la donna à sa collègue qui se contenta de comparer la photo et le visage réel, avant de rendre la carte. -Bon, puisque ma présentation est faite, est-ce que je peux voir les vôtres ? L'homme sortit sa carte en grommelant, la femme faisant de même en jetant un regard désapprobateur à son collègue. Dave regarda les cartes : Johnny Allen Hendrix. Projet Curie. Cellule D Niveau 1. Infirmier militaire. Elsie Page. Projet Curie. Cellule D. Niveau 1. Infirmière. Il rendit les cartes : -Bonjour Jim, bonjour Elsie. -Bonjour M. Lorenzo. -Vous pouvez m’appeler Dave, Elsie. -Vous êtes en retard ! -Ma voiture demande quelques pauses rafraîchissement par cette chaleur. Et je me suis perdu en cours de route. Dites-moi, vous semblez ne pas m'aimer, Jim. -Je ne vous connais pas, donc je ne peux émettre d'avis à votre sujet. Par contre, je désapprouve votre venue. -Et pourquoi donc ? -Irina est perturbée. Très perturbée. Elle n'est pas en mesure d'avoir un entretien avec vous ou qui que ce soit d'autre. Si tant est qu'elle puisse l'être un jour ou l'autre. Dave soupira : -Pourtant, le docteur Morrison semblait dire le contraire. -Le docteur Morrison doit sûrement être guidé par des motivations qui nous échappent. Si l'on se place du simple point de vue psychologique, nous pouvons vous affirmer qu'Irina est trop instable émotionnellement pour que vous puissiez avoir une conversation avec elle. Tu confirmes, Elsie ? -Je confirme. A voir ce que vous attendez d'elle, en fait. -Si seulement je le savais, murmura Dave. Au fait, où est le docteur Morrison ? Jim reprit la parole : -Il a eu un empêchement de dernière minute, mais devrait venir demain. Il y a une chambre que vous pourrez occuper à l'étage. Combien de temps avez-vous prévu de rester ? -Autant de temps qu'il me faudra pour tirer tout ce que je peux d'Irina du sujet qui m’intéresse... Elsie le regarda, intriguée : -Vous n'êtes pas venu pour Irina elle-même ? -Non. Irina a un rôle important dans le cadre de l'opération, mais elle ne me concerne pas directement. Par contre, elle peut m'apprendre des choses sur la personne que je recherche. -Qui ça ? demanda Jim. - Milovan Zlotocrew. J'imagine que vous avez déjà entendu parlé de lui ? -Et comment ! s'exclama Elsie. -Et pourquoi le recherchez-vous ? demanda Jim. -Son cas pourrait nous intéresser grandement dans le cadre de l'opération. -Pourquoi ? Dave trouvait Jim plutôt insistant. Mais il se dit que l'opération dans laquelle ils baignaient devait leur paraître bien obscure vu leur niveau d'implication. -Connaissez-vous Bram Stoker ? Les deux autres se regardèrent, et hochèrent négativement de la tête. -Il s'agit d'un écrivain anglais de la fin du 19ème siècle. Il est notamment connu pour son roman Dracula... -Ah, ça, je connais, s'exclama Elsie. Ça parle de vampire. Y a un film avec Christopher Lee qui est sortie sur Dracula, il y a quelques années. -Mais, c'est quoi le rapport avec Milovan, demanda Jim. Vous... vous pensez que ça pourrait être un... un vampire ? Dave les regarda en souriant. Elsie se signa nerveusement. -Merde sacré ! s'écria Jim. -En fait, nous ne savons pas grand chose de lui, et ce n'est qu'une conjecture hypothétique. Il vivrait, ou aurait vécu dans les Carpates, Irina aurait vécu avec lui quelque temps et serait devenue ce qu'elle est aujourd'hui à cause de lui, il serait né en 1840... -1840 ! Mais il aurait... 124 ans ? Elsie regarda Dave avec de grands yeux. -Oui. Il présenterait des capacités de résistances aux maladies, autres manifestations naturelles et à la vieillesse hors du commun. Et aurait un goût immodéré pour le sang humain. -C'est dingue ça ! souffla Jim, Elsie était livide. Dave s'arrêta là dans sa description. Car elle s'arrêtait là. Et les informations transmises venant de Red Arrow, il y a fort à parier qu'elles étaient déjà connues des Soviétiques. Dave reprit : -Pour expliquer notre empressement, sachez que nous sommes dans une course contre la montre contre les Soviétiques dans la recherche de Milovan. -Foutus Bolcheviques, jura Jim. -Mais, Dave, êtes-vous réellement historien ? demanda Elsie. -Oui. L'histoire ne s'arrête pas aux manuels scolaires, et peut avoir une place importante dans des domaines très variés, comme celui qui a motivé cette opération. Sachez que les contes et légendes, malgré leur aspect extraordinaire, ont très souvent une origine réelle. Le travail d'analyse et de décortication de ces textes occupent une grande partie de mon temps ! Jim reprit la parole : -Donc, concernant l'entretien avec Irina, de ce que je comprends, nous n'avons pas d'autre choix que de vous autoriser à le mener ? -C'est exactement ça, confirma Dave.   Jim et Elsie guidèrent Dave dans le salon, dans lequel se trouvait une grande table. Dave s'y assit, sortant des dossiers de sa mallette pendant que les deux infirmiers allaient chercher la patiente. Dave fut frappé par son aspect physique lorsqu'elle rentra dans la pièce. Il avait entendu parler de son délabrement physique, en plus de son état psychique, et avait même vue une photo prise lors de son arrivée sur le territoire américain, mais la réalité semblait dépasser son imagination. Il avait bien entendu vu les photos et vidéos d'avant sa rencontre avec Milovan, qu'ils avaient récupérés de Red Arrow. La différence était sidérante. Il lui semblait que venait d'entrer dans la pièce un cadavre. Un être humain d'une maigreur et d'une pâleur morbide. Le regard qu'elle posa furtivement sur lui étaient flou, inconsistant, vide. Comme si une part d'elle-même, de sa vitalité, avait été perdu, enlevée. Volée ? Dave n'avait jamais cru à l'hypothèse qu'il avait sortie à Jim et Elsie. Bien entendu, une part romantique au plus profond de lui-même l'empêchait de l'éliminer totalement, mais il restait un être rationnel attaché à l'explication commune, banale mais réelle des phénomènes extraordinaires véhiculés par les contes et récits. Pour lui, les romans de Stoker, Von Wachsmann ou encore Verne étaient un mélange de fantasmes liés à la lointaine et mystérieuse Transylvanie, de légendes sanglantes des régions alentours, dont celle de la « comtesse sanglante » Élisabeth Báthory, de la découvertes récente à leur époque de chauves-souris hématophages en Amérique du Sud, et, peut-être, ce qui restait justement à découvrir, d'une possible prédisposition physique d'un groupe de population locale vis-à-vis de résistances aux maladies et à la vieillesse. Néanmoins, la vue d'Irina distilla le doute dans son esprit, tellement l'impression qu'une partie d'elle-même lui avait été volée était forte. Pour prolonger la vie de son voleur ?   Irina s'assit en face de Dave, entourée par Jim et Elsie. Ses yeux vides fuyaient le regard de Dave. Celui-ci sortit son paquet de cigarettes qu'il proposa. Personne n'accepta, et Elsie lui conseilla de ne pas fumer vis-à-vis d'Irina. Il posa le paquet sur la table et tendit une main : -Bonjour Irina. Celle-ci fixa intensément la main devant elle, leva lentement les yeux et bredouilla un bonjour avec un fort accent étranger. Dave ramena sa main sous la table et reprit : -N'ayez pas peur Irina, je ne vous veux aucun mal. Je m'appelle Dave. Dave Lorenzo. -Bon... bonjour Dave Davelorenzo. -Non. Dave. Lorenzo. Irina commença à trembler. Elsie posa une main apaisante sur son bras : -Calme-toi Irina, tout va bien. Puis, se tournant vers Dave : -Essayez de rester simple et de ne pas la contrarier. Dave hocha machinalement la tête et reprit : -Irina, est-ce que je peux parler avec vous ? -да... oui... je... je ne sais... Вийдіть, я не розмовляю з незнайомцями!   Jim partit d’un grand rire tandis qu'Elsie se leva pour cajoler Irina. Évidemment, s’il s’était préparé à cette éventualité, Dave resta pantois quelques secondes devant cette situation. Il savait que l’anglais n’était pas la langue maternelle d’Irina, et qu’elle n’avait pas pu l’apprendre de manière très approfondie depuis le peu de temps qu’elle se trouvait aux USA. Il savait même qu’elle parlait le rusyn, un dialecte usité par seulement quelques dizaines de millier de locuteurs en République Socialiste Soviétique d’Ukraine, en Tchécoslovaquie et en République fédérative socialiste de Yougoslavie. Quelques locuteurs avaient émigré aux USA peu avant la seconde guerre mondiale, anticipant les invasions nazies, mais Dave et ses chefs ne voulaient y faire appel, ayant peur qu’ils puissent faire office d’agents dormants et de menacer les opérations de cette cellule du Projet.   Néanmoins, s’il resta interdit quelques secondes, il avait tout de même prévu cette possibilité. Il sortit alors de sa mallette une bouteille en verre contenant un épais liquide rougeâtre. Les trois, de l'autre côté de la table stoppèrent tout pour la regarder, Irina notamment de manière très intense. Il avait été plutôt content de son faux sang réalisé à base de jus de tomate et d'épaississant, et celui-ci semblait faire son effet, surtout sur celle dont il avait espéré une quelconque réaction. Irina semblait maintenant obnubilée par le liquide, ces yeux ayant retrouvés une sorte de petite étincelle de vie. Dave recommença : -Irina, est-ce que je peux parler avec vous ? -да. -En anglais, s'il vous plaît. -Oui. -Est-ce que vous vous plaisez ici ? -Oui. -Est-ce qu'on vous traite bien ? -Oui. -Est-ce que vous avez tout ce que vous voulez ? -Oui. -Est-ce que vous voulez repartir chez vous ? -Non. -Est-ce que vous voulez me parler de Milovan... Le regard d'Irina quitta la bouteille de faux sang pour se fixer sur Dave. -... Zlotocrew ? Les yeux de la jeune femme se révulsèrent, tandis qu'elle émettait un cri strident et était parcourue de spasmes d'une violence inouïe.

Chapitre 2 :
Rouge Sang

de l'histoire
Bloody love
par Wargen

Je reste immobile, sidérée par les dernières secondes. Le chaperon rouge se place à mes côtés. Entre ses lèvres pincées, il ajoute : — Elle est morte, comme elle le devait… On va pouvoir se mettre en route. Dans son ton, il essaye d’imposer un sentiment d’urgence. – Attend, comment ça « comme elle le devait » ? — Oui… C’est comme ça que meurt Herta. Et c’est d’une utilité existentielle. Grâce à ça, les choses rentrent en ordre. — Mais les choses ne rentrent pas dans l’ordre, vu qu’elle est morte !!! — En même temps, elle allait t’abandonner. Donc est-ce que ça t’importe vraiment ? Je ne réponds pas et prends quelques secondes, pensive. C’est bizarre de scruter les yeux d’Herta avec un regard aussi vide, ça ne lui ressemble pas. Elle ne se ressemble plus. En vérité, tant pis si elle allait m’abandonner, j’aurai préféré que Herta soit seule et en vie. Le chaperon rouge ne me laisse pas le temps de finir ma réflexion et conclut : — Oui, en même temps, moi aussi quand ça m’était arrivé, ça ne me convenait pas. Mais tu verras avec ce qui t’attend, tu vas t’y faire. — Quand ça t’est arrivé ? Je veux bien des explications… — Tu n’as toujours pas compris ? me questionne le chaperon avec nostalgie. Décidément, sa léthargie du miroir a vite disparu. Il reprend : — Quand j’étais dans le château, le chaperon rouge est aussi venu m’aider. Et c’est grâce à lui si je suis capable de t’aider aujourd’hui. Est-ce que tu comprends ? — C’est plus flou quand tu l’expliques, mais je pense avoir compris. Est-ce que je suis destiné à aider une autre Eden à mon tour ? — Seulement si tu suis mes conseils, ponctue-t-il d’un clin d’œil. — Et tes conseils, tu les as tirés de ton expérience ? Ou tu te contentes de reproduire ce qu’a fait le chaperon rouge qui est venu t’aider ? — Euh… hésite-t-il longtemps, un peu trop longtemps. Certains… d’autres non. En vrai, il y a beaucoup de passage flou, je ne me rappelle plus de tous les embranchements. Mais l’importance est capitale. Tu dois me faire confiance ! Je regarde le cadavre d’Herta répandre ses fluides encore chauds sur les carreaux. Un filet de sang a gagné les joints et les redessine dans leurs longueurs. J’imagine le futur quadrillage rougeoyant d’ici quelques heures. Et noirâtre dans quelques jours. Je frissonne. — C’était vraiment obligé de la laisser mourir comme ça ? demandai-je avec une voix bien trop aigüe. — Oui, c’était même utile. Quoi qu’il en soit, maintenant c’est trop tard. Bon, par contre, il va falloir se dépêcher de quitter le château. Elle arrive ! — Qui ? soufflai-je en me doutant de la réponse. Le chaperon se contente de me regarder en faisant la moue. Puis, il m’indique la porte encore ouverte. Ses yeux sévères m’intiment de ne pas tarder. — Crooooooâ ! — Et pour le crapaud ? demandai-je. Ce qui eut le don d’agacer le chaperon rouge : — Ah ben oui, il faut le prendre ! Sinon on serait venu pour rien ! Tout en aidant le crapaud à se maintenir sur mon épaule, je détale à la suite du chaperon. Nous parcourons le couloir aussi vite que possible, jusqu’à une arche de pierre. Je me jette dans le grand escalier. Et alors que je compte partir à droite, en direction de l’entrée principale, le chaperon rouge se fige. Son regard se perd durant une demi-seconde. Puis telle une vigie, ses yeux scrutent tout autour de lui. — Attend ! scande-t-il. Si je ne dis pas de bêtise, c’est ici… Avec l’inertie, je m’arrête trois marches plus loin. — On ne doit pas s’échapper du château maintenant ? — On doit quitter le château, mais surtout pas maintenant, conclut-il en s’approchant d’un long rideau pendant. En le tirant, il dévoile une brique ressortant du mur grisâtre. — Appuie dessus ! Je le regarde avec méfiance. Maintenant que je l’ai vu sacrifier Herta sans une once d’empathie, je ne sais pas s’il mérite ma confiance. Un nouveau hurlement résonne dans mon dos, provenant de la forêt, mais une chose est sûre : elle arrive rapidement. Comme un électrochoc, j’accours et presse la brique. Contrairement à ce que j’avais imaginé, elle s’enfonce dans le mur le mur avec facilité et en silence. Aucun mécanisme, aucun bruit. Aucune porte ne s’ouvre. Le regard emplit de questionnement, je me tourne vers le chaperon rouge. C’est là que son piège se déclenche ? Et il me conseille de me retourner. Le mécanisme n’était pas manuel, mais magique. Une illusion vient de voler en éclat. Derrière moi, je découvre un escalier qui remonte, symétrique à celui que nous venons de descendre. — On y va ! Vite ! Vite ! Sous le coup de la peur, je le suis. Nous grimpons les marches quatre à quatre. Je le dépasse et plonge sur une porte fermée. J’essaye de forcer, mais rien n’y fait. Il m’a conduit dans un cul-de-sac ! Arrête de l’écouter ma pauvre Eden, tu vas finir entre quatre planches comme Herta ! — Accroupis ! Ne bouge plus ! m’ordonne-t-il. Sans réel autre choix, j’obéis. Je crois que c’est la première fois que je lis la peur sur son visage. Ce qui n’est pas logique, s’il a déjà vécu ce moment, il devrait savoir ce qu’il se passe. À moins qu’il me mente… Un index se dresse sur ses lèvres. Je prends conscience de ma respiration. Je fais tout mon effort pour la calmer, luttant contre la puissance de mon cœur emballé. Lorsque j’y arrive, je peux à nouveau me concentrer sur les sons environnants. Venant du contre bas, j’entends un léger clapotis. Comme si la mer venait d’atteindre le château de sa marée, et pénétrait à travers l’énorme herse. Sur mon épaule, le crapaud s’agite, à tel point que ces cuisses musclées vacillent. Afin de prévenir tout bruit intempestif, je le saisis de mes mains protectrices et le porte contre moi. Son petit cœur pulse si fort. Les clapotis deviennent des flaques dont le roulis régulier se rapproche. Comme une marée visqueuse qui remonte des marches. Avant la vue, j’ai l’odeur. Une odeur de mort qui s’infiltre en moi et tente de m’arracher les organes à travers ma gorge. Je dois plaquer une main sur mon visage pour me retenir de vomir. Je m’aperçois que le crapaud est tombé dans les pommes. Au moins, ça lui évitera de voir ce que je vois : un tentacule liquide tâtonne l’escalier au niveau de l’embranchement. J’ai envie de pousser un cri d’horreur, mais je force pour ne pas craquer. Du bout de sa viscosité, l’appendice devenu bourrelet, s’essaye à remonter l’escalier d’où ne venions. Puis se tourne, et s’approche de celui où nous sommes. Je le vois en contre bas, moins de vingt marches devant moi. Par instinct de survie, je bloque mon souffle. Aussi verdâtre que translucide, ce bras difforme caresse le velours rouge qui recouvre l’escalier. Après son passage, des trous rongent le noble matériau, comme avec de l’acide. Dans la suite de ce membre déstructuré, se ramène alors la monstruosité. Comme une gigantesque boule de pus, elle arrive à l’embranchement sur sa centaine de pattes informes. Au milieu du liquide formé, je vois des lambeaux de chair, comme un visage. Je reconnais l’horrible grand-mère qui semble ne s’être qu’en partie reconstituée. La mort se lit dans sa peau livide et dans ses yeux éteints. Avec près de trois mètres de haut, je peux distinguer chaque détail dégoutant. Les pustules en ébullition me déconseillent de libérer mes narines. Si elle décide de monter ici, je vais finir noyer dans la soupe la plus putréfiée du monde. Pitié, tout sauf ça ! L’énorme boule tourne son masque décharné dans notre direction. L’espace d’un instant, je considère Herta chanceuse. Les yeux éteints ne peuvent nous voir. Mais ça n’empêche pas les traits de se déformer dans un simulacre humanoïde. Ce masque mortuaire au teint cireux hume du bout de son nez crochu, fort. En manque d’oxygène, je me sens prête à exploser. Ou à tomber dans les paumes. Je crois que je préfèrerai la deuxième solution. Puis avec une rapidité que je ne lui aurais jamais confiée, l’immondice remonte l’escalier. En une mitrailleuse de clapotis, je la vois disparaitre dans le couloir où nous étions il y a peu. Mais je ne bouge plus. J’attends sans respirer. Autant de temps que nécessaire. Le bruit grotesque s’en est allé. L’odeur a surement disparu, mais je n’ai pas envie de le vérifier tout de suite. Je reprends ma respiration par la bouche, aussi lentement que possible. Mais c’est difficile après une telle apnée. Le chaperon rouge se redresse et j’ose une question, encore à bout de souffle : — Pourquoi… elle n’est… pas… venue nous… attaquer ? De son regard empathique, le chaperon rouge me fixe : — L’odeur d’un repas plus appétissant… J’encaisse la réponse comme un coup, comprenant ce qu’il appelait « utilité » dans la mort d’Herta. — Croaaa, se désole le crapaud revenu à lui.

Chapitre 14 :
L'embranchement

de l'histoire
Lune sanglante
par Bat.Jacl
Fantasy Chaperon Rouge Conte

La luminosité chutait fortement.   -Il ne faut pas tarder, mademoiselle.   J’acquiesçai. Dans la pénombre naissante, le trajet du retour fut encore plus chaotique que l'aller. Les questions venaient par vagues incessantes. Les reproches. Le doute. Le dégoût. Michon semblait lui serein, imperturbable.   -Michon, as-tu un pistolet ?   -Non.   -Sais-tu où te procurer un pistolet ?   -Non, mais je suppose que Madame Le Teiller doit le savoir.   -Ah. Oui, tu as raison. Et... as-tu déjà tiré avec un pistolet ?   -Non   -As-tu déjà tenu un pistolet en main ?   -Non. Ni un mousquet ou une arquebuse. J'ai déjà tiré à l'arc, mais je pense que cela n'a rien à voir.   -Non, cela n'a rien à voir.   Mon expérience dans ce domaine était très restreinte, mais pas inexistante. Père avait voulu, il y a quelques années, me faire essayer de tirer avec un pistolet. Expérience que j'avais trouvé rigolote selon ma perception enfantine de l'époque. Sauf que je n'avais tiré sur aucun être vivant.   -Et tu n'as pas peur de ne pas savoir comment faire ?   -Non. Je suppose que Madame Le Teiller va trouver un pistolet et me faire m’entraîner demain. De toute façon, je ne crains rien, ma cause est juste.   Justement, parlons-en, de cette cause juste ! Je me rendais compte, petit à petit, que ce n'était pas un homme indistinct que je venais de condamner à mort. Mais qu'il s'agissait du grand garçon qui marchait actuellement à mon côté. Un grand et jeune garçon qui ne connaissait encore rien de la vie, et pensait la croquer à pleines dents. Mais dont la vie allait s'arrêter pour un secret si stupide. Pour une cause juste ? Je me dégoûtais. Ma demi-sœur me dégoûtait. Grande-Tante me dégoûtait.   Nous finîmes par arriver à l'hôtel particulier, étant passé une fois devant sans nous en rendre compte. Il commençait à être tard, j'avais faim. Grande-Tante nous réceptionna à l'entrée :   -Ah, mes enfaaants, enfin rentrééés. Viens, ma petite Aaanne, j'ai déjà mangé mais je vais te faire apporter un repaaas. Tu me raconteras ce qu'il s'est passééé.   Attablée devant une assiette de légumes crus, arrosée d’une lichette de vin, j'essayai tant bien que mal de concilier remplissage d'estomac et réponses aux demandes pressantes et insistantes de ma grande-tante.   -Oui, nous avons bien pu le trouver à la Taverne du Rince-Cochon.   -Oui, il a accepté le duel d'honneur.   -Oui, à mort.   -Oui, il connaît les règles et a imposé la date, le lieu et l'arme.   -Le surlendemain, sur les coups de huit heures, à la cour des miracles de la rue du Bacq.   -Non, il ne nous a pas dit où cela se situait.   -Oui, au pistolet.   -Non, il n'en a pas. Il ne s'est jamais servi d'une arme à poudre. Il n'en a même jamais tenu une !   -Oui, un médecin. Il n'a pas précisé pour le second.   -Je me suis imposée comme un de ses témoins. Mais il lui en faut un second, et je ne pense pas qu'il sache à qui demander.   Me laissant enfin manger tranquillement, Grande-Tante me regardait d'un air absent. Elle reconnecta doucement, et reprit la parole :   -Mon enfaaant, ne t'en fait pas pour le pistoleeet, nous en avons ici qui conviendront parfaitemeeent. Mon cher Micheeel, que j'ai réellement aimé, sais-tuuu, était équipé, et avait même déjà eu à faire avec en duel d'honneuuur.   Un sourire mélancolique passa sur les traits de Grande-Tante.   -Je ferais mander demain notre cher Valèèère, qui s'y connaît en la matièèère, et donnera leçon à Michooon. Il fera également office de second témoin de Michooon. C'est un homme dévoué qui a connu pendant très longtemps mon cher Micheeel, jusqu'à ce que... tu sais quoiii. Je lui ai donné congés depuis pour bon et loyaux serviiices, mais je sais qu'il se fera un honneur de vous aideeer.   Elle bailla longuement :   -La journée a été longue et tumultueuuuse, et celle de demain le sera encore pluuus. J'aurais à m'absenter longtemps, peut-être toute la journééée. Valère devrait être présent à partir de la mi-mâtinééée, et sera à votre service pour le maniement de l'aaarme. Maintenant, je vais allez me coucher, et je pense que tu devrais en faire de mêêême !   Je me levai lui donner la bise, puis revins engloutir mon assiette. Le vin, même léger, suffit à me faire tourner la tête. Je montai à l'étage, voulus aller avertir Michon, mais me retrouvai allongée sur mon lit, m'endormant prestement.   Je me réveillai brusquement, agitée. Un cauchemar horrible. Michon avait provoqué en duel à mort le sieur Bono pour un intérêt futile. Son cadavre, un trou dans le front, gisait à mes pieds. Le rire démoniaque du sieur Bono résonnait partout. Il avait posé sa lame sur mon cou, et m'obligeait à faire des choses... A lui faire des choses... Et il me faisait... Je tressaillis. Et regardai par la fenêtre. Il faisait jour. Un ciel bleu sans nuages. Calme et apaisant. Un moineau était posé sur le rebord, et me regardait d'un drôle d'air. Quel cauchemar horrible. J'avais mal au crâne, et je m'étais endormie tout habillée. Pourquoi donc ?   Peut-être parce que le cauchemar horrible n'était pas qu'un cauchemar. Tirée des limbes du réveil, je me souvenais maintenant de la journée de la veille. Qu'elle avait été longue, et pénible. Ne trouvant pas le courage de me changer, je descendis à la recherche de nourriture et de contact humain. Quelqu'un était assis dans le vestibule. Un homme. Il se leva à mon approche. La cinquantaine, encore bien bâti, cheveux courts poivre et sel, la mâchoire carrée :   -Bien le bonjour, gente demoiselle. Valère, pour vous servir.   -Bien le bonjour, Valère. Anne de Pont-de-Sainte-Croix, petite-nièce de Marguerite Le Teiller.   Il me regarda en souriant :   -Madame Le Teiller m'avait fait dire qu'elle hébergeait pour quelque temps une charmante créature de sa famille lointaine. Je ne peux que constater qu'elle parlait vrai.   -Je vous remercie. Depuis quand êtes-vous là ? Quelqu'un s'occupe-t-il de vous ? Je viens de me lever, et je n'ai encore vu personne.   -Ne vous inquiétez pas. Germaine m'a indiqué que Madame était partie tôt ce matin. J'ai rencontré ce grand jeune homme, Michon, votre palefrenier, avec qui j'ai pu échanger en arrivant, et qui est en train de se faire un plaisir de m'installer dans mes anciens quartiers. Cela fait maintenant deux ans que Madame m'a donné congés. Si je vous avoue que cela me contente et me laisse enfin du temps pour ma petite famille, j'ai un pincement au cœur qui me prend régulièrement pour cet hôtel particulier et mon ancien rôle auprès de Monsieur Le Teiller. Je ne suis pas mécontent de pouvoir revenir y passer quelques jours. Même si j'aurais aimé que ce soit pour une raison autre que celle qui m'a été comptée.   Il m'avait accompagné jusqu'à la cuisine :   -Je vais vous laisser vous sustenter. Sachez que j'ai donné rendez-vous à Michon dans la cour dès qu'il aura fini de m'installer. Je vais remettre en état les pistolets de Monsieur, et nous allons faire quelques essais de tirs. Vous pourrez nous rejoindre si le cœur vous en dit.   Je le remerciai et attrapai un de ces étranges fruits orange et juteux que Grande-Tante se faisait amener de loin au sud. Je découpais des quartiers que j'enfournais entier, croquant dedans à pleines dents, le jus sucré et acide coulant dans ma gorge et sur mes joues. Que c'était bon !   Une fois repue, après une rapide toilette et m'être changée avec l'aide de Soizic, je descendis rejoindre Valère et Michon dans la cour. Valère tenait un coffret finement ornementé dans les bras. L'ouvrant, le coffret dévoila deux pistolets et l'ensemble des équipements qui les accompagnaient. Leur utilisation restait, pour Michon et moi-même, nébuleuse, mais Valère nous présenta chaque équipement et le rôle associé.   Les deux pièces maîtresses, les pistolets, étaient des œuvres d'art à part entière. La crosse, la platine et même le canon étaient gravés de fines ciselures de fleur de lys ou de serpent entremêlés. Valère nous expliqua qu'il s'agissait de pistolets utilisant la platine à silex, une invention d'une vingtaine d'année qui avait révolutionné le genre. Il nous expliqua rapidement le système de fonctionnement, à base de chien tenant un silex qui venait taper une batterie, ce qui déclenchait une étincelle tout en soulevant la batterie et dévoilant ainsi la poudre d'allumage qui prenait feu, permettant le tir. Ses explications rentrèrent par une oreille pour ressortir par l'autre. Il nous montra le mécanisme, sans poudre, et nous pûmes effectivement voir une étincelle se former quand une pièce, qui devait donc être le chien à silex, frappa une autre, qui devait donc être la batterie.   Il sortit une longue tige du coffret, s'en servit pour ramoner le canon des deux pistolets. Puis il introduisit de la poudre, un petit tampon en liège qu'il nomma une bourre, et enfin une bille. Il leva la batterie et déposa en dessous une autre poudre noire qu'il nomma pulvérin :   -Voilà, les armes sont chargées. Comme vous avez pu le voir, la mise en place est un peu longue. Mais l'effet est dévastateur.   Il posa une bouteille en verre par terre, s'écarta d'une vingtaine de pas, se retourna, visa et appuya sur la détente. Un « Bang ! » sonore résonna dans la cour, tandis que la bouteille de verre éclata en mille morceaux. Une fumée épaisse se répandit autour de l'arme et de Valère, qui disparut momentanément à nos yeux. Il traversa le rideau de fumée pour revenir vers nous.   -Impressionnant, n'est-ce pas ?   Il recommença l'opération de chargement sur le pistolet qu'il venait d'utiliser, puis nous les tendit un à chacun. Il ne lui vint aucunement à l'esprit que j'étais une femme et que je pouvais être du sexe faible inapte au maniement des armes, comme aimaient à le clamer haut et fort tous les dirigeants de l'armée du Roi. Il prit deux bouteilles en verre qui traînaient dans une caisse posée sur le sol, et alla les placer une quinzaine de pas devant nous. Puis il revint se positionner à notre côté :   -Avant de viser précisément, je vais vous demander de tirer sur le sol, sans viser, devant les bouteilles, afin que vous appréhendiez l'action du tir sur votre corps.   Nous levâmes tous les deux nos bras tenant l'arme et, d'un mouvement incertain, appuyèrent sur la gâchette. Une explosion dans la main, une onde qui se répercutait dans tous le bras tandis que le canon du pistolet se levait. J'avais visé devant la bouteille, et voilà que le projectile était venu se ficher dans le sol bien derrière. Une fumée âcre et étouffante vint me piquer les yeux et la gorge.   -Comme vous l'avez peut-être remarqué tous les deux, le canon de vos armes s'est relevé lorsque vous avez tiré, et la balle est partie plus haut que vous ne l'espériez. Lors de l'explosion, le pistolet revient vers notre corps. C'est ce que l'on appelle le recul. Mais il est bloqué par la main, qui est elle-même bloquée par le bras. Donc le canon de l'arme se lève pour compenser. Il faut donc, lorsque vous tirez, que vous anticipiez le recul, en forçant pour essayer de garder le canon de votre arme le plus droit possible. Ou que vous visiez bien plus bas que votre cible, mais il faut dans ce cas avoir beaucoup de chance.   Il nous demanda de le rejoindre, nous prit les armes des mains, et les rechargea.   -Vous allez maintenant réessayez de tirer sans ne rien viser, mais en forçant sur votre avant-bras pour essayer de compenser le recul.   Nous levâmes tous les deux nos bras, et appuyèrent plus volontiers sur la gâchette. Je forçai sur l'avant-bras, et l'onde de choc née de l'explosion fut atténuée. Le canon se releva légèrement. Une nouvelle bulle de fumée encombra la cour.   -C'est mieux Anne. Michon, mon garçon, soit un peu moins tendu, j'ai l'impression que tu veux écraser le pistolet dans ta main.   Il rechargea de nouveau les armes alors que nous nous déplacions encore pour nous éloigner des deux zones enfumées.   -Vous allez maintenant essayer un nouvelle fois sans viser, mais en tenant l'arme à deux mains. Peut-être cela vous aidera-t-il plus efficacement pour lutter contre le recul.   Il nous montra comment tenir l'arme à deux mains, et nous l'imitâmes. Nouveau coup de gâchette, nouvelle explosion. Recul très léger, le canon de l'arme ne se leva pratiquement pas. Nouvelle fumée âcre dans les yeux.   -C'est bien mieux pour tous les deux. Je vous conseille donc de continuer en tenant l'arme à deux mains si vous vous sentez mieux. Mais allons boire de l'eau, le temps que la fumée se dissipe.   La pause fut bienvenue, nous permettant d’hydrater la gorge sèche et soulager les yeux irrités.   -Valère, comment savez-vous toutes ces choses ?   Il me regarda, pensif.   -J'ai... été dans l'armée de notre Ancien Roi, dirons-nous. J'ai quelques notions militaires. Entre autres. Mais je ne préfère pas m'étendre sur le sujet, gente demoiselle. Nous ne nous connaissons pas encore suffisamment bien pour que j'accepte de vous ouvrir ce pan de mon histoire.   -Fort bien, Valère. Loin de moi l'idée de vous indisposer.   Nous revînmes prendre position dans la cour dégagée.   -Si vous vous en sentez capables, je vous propose de commencer à viser.   Nous acquiesçâmes tous les deux.   -Bien » il comptât quinze pas depuis les bouteilles, et nous demanda de le rejoindre là. « Vous allez devoir, chacun, toucher votre bouteille. Vous resterez ici à tirer et prendre de la fumée dans la figure tant que vous n'aurez pas fait exploser votre bouteille. Ne sous-estimez pas l'impact de l'explosion dans vos mains, vos avant-bras et vos bras : vous allez rapidement avoir des tensions et endolorissements dans les muscles. Je vous conseille donc de toucher le plus rapidement possible. Et je vous rappelle que même si vous pensez compenser totalement le recul, votre canon aura toujours tendance à se relever légèrement. Visez donc toujours légèrement plus bas que votre cible. Et maintenant, lever armes ! Feu !   Bang ! Bang !   -Levez armes ! Feu !   Bang ! Bang !   -Levez armes ! Feu !   Bang ! Bang !   -Levez armes ! Feu !   Bang ! Bang !   -Levez armes ! Feu !   Bang ! Schprîîîîngs ! Bang !   -Oui !   Je ne pus m’empêcher de crier de joie lors que j'arrivai enfin de faire exploser ma bouteille. Michon me regarda, déçu.   -Michon, mon garçon, ne te laisse pas déconcentrer par ta brillante partenaire. Anne, remet une bouteille en place, et essaye maintenant de la toucher en ne tenant ton pistolet que d'une main.   Il rechargea une énième fois nos armes.   -Levez armes ! Feu !   Bang ! Bang !   -Levez armes ! Feu !   Bang ! Bang !   -Levez armes ! Feu !   Bang ! Bang !   -Levez armes ! Feu !   Bang ! Schprîîîîngs ! Bang !   -Oui !   Je trépignai de joie sur place. Michon souffla férocement du nez.   -Mon garçon, reste concentré ! Tes yeux sont-ils si habitués à la fumée que tu ne veux en sortir ?   -Mais, mons...   -Pas de mais, Michon. » il lui prit l'arme des mains, et se remît à la charger. « Viens là. Voilà, mets-toi comme ça. C'est bien. Tend le bras. C'est ça. Tu vas essayer comme cela. Levez armes ! Feu !   Bang !   -Tu sais quoi, mon garçon, c'est bien mieux. Je te parie que tu vas toucher à la prochaine. Levez armes ! Feu !   Bang !   -Raaah !   -Mon garçon ! Tu y étais presque. Ai confiance en toi ! Levez armes ! Feu !   Bang ! Schprîîîîngs !   -Ouai !   Michon ne put retenir un cri de satisfaction. Mais ces bras tremblaient.   -C'est bien mon garçon. Mais je crois que tu fatigues. Fin de la séance, rompez. Allez vous reposer tous les deux. Je suis content de vous.   Il vint récupérer les deux pistolets, les nettoyer et les ranger dans le coffret. Je rentrais manger un morceau, l'heure du déjeuner étant bien avancée, puis me calai au petit salon, contente de ma séance de tir. Qui m'avait permis de me focaliser sur quelque chose de précis, et avait éviter à mon esprit de vagabonder. Ce qu'il recommença malheureusement à faire maintenant.     Grande-Tante rentra assez tardivement en fin d'après-midi. Des bruits de pas dans la cour de la maison particulière. Je l'avais guettée toute la fin de journée, assise dans le petit salon avec vue sur l'entrée extérieure. Un livre ouvert sur les jambes, dont je n'avais feuilleté que la première page, perdue dans mes pensées morbides et confuses. J'avais craint quelque peu son départ en ce moment critique, et étais soulagée qu'elle revienne finalement avant le déroulement du duel fatidique. Je me précipitai dans les escaliers donnant dans le hall d'entrée, accourant à sa rencontre. A sa vue, j'ouvris la bouche mais elle fut plus rapide que moi :   -Mon enfaaant, je suis fatiguée de ma longue et harassante journééée. Allons manger un repas frugal, et couchons-nous de bonne heure ce soooiiir.   Le repas, une simple soupe au lard avec tranche de pain, fut servis par Marthe dans un silence de cathédrale. Je mangeai doucement, le regard aimanté par Grande-Tante, prête à capter la moindre prise de parole de sa part. Mais elle semblait absente, le regard dans le vide, ne m'adressant que des bruits d'aspiration et de déglutition. Je me sentis, de mon côté, bien incapable de prendre l'initiative et déverser le flot de questions et de doutes qui me hantaient l'esprit.   Comment Michon, qui venait seulement d'apprendre à manier, de manière bien peu efficace, une arme à poudre, arriverait-il à triompher en duel du sieur Bono qui avait lui-même choisit l'arme et savait donc sûrement très bien s'en servir ? Pourquoi Michon, même s'il l'avait finalement proposé de lui-même, devrait-il se sacrifier pour un mensonge éhonté, et une cause qui pourrait très bien s'avérer si futile ? Qu'avait-il à faire dans cette sordide histoire, lui qui était encore si jeune et prêt à croquer la vie à pleines dents ?   Marthe entra dans la pièce pour enlever les assiettes. Grande-Tante toujours dans ses songes, je tournai la tête vers la vieille servante, espérant trouver dans son regard un peu de réconfort et d'apaisement. Mais elle détourna et les yeux et son corps. Elle prit la faïence sur la grande table, me tourna le dos et repartit la ranger pour apporter la suite.   Si tout le monde se mettait à me fuir...   Je regardais le trognon de pomme dans ma petite assiette. Je me sentais vaseuse. Je me sentais moche. Je me sentais sale, immonde.   -Alors, mon enfaaant, as-tu pu faire apprendre le maniement de l'arme à notre cher Michooon ?   Je sursautai et levai la tête. Grande-Tante semblait légèrement sortie de sa léthargie, me fixant de ces yeux insondables. Je bredouillai des mots incompréhensibles. Un « oui, Valère a pu nous montrer et Michon a pu pratiquer quelques essais et toucher au but » finit par sortir chaotiquement de mon larynx.   -Très bieeen, très bieeen. Je vois que tu es fatiguée, ma petite Anne, tu devrais aller te coucher de bonne heure ce sooooir. Et je vais en faire de même dès à préseeent. Va voir Michon avant d'aller te coucher, et intime lui de se reposer pour être fin prêt demain matiiin.   Je bredouillai un remerciement et allai lui faire une bise d'au revoir. Je montai alors dans ma chambre, légèrement pantelante, toujours prise d'une sorte de nausée. J'enlevai mes vêtements du jours, enfilai une nouvelle culotte et ma chemise de nuit, et m'allongeai de dos sur le lit, les bras écartés, fixant de mes yeux grands ouverts le plafond qui semblait légèrement tourner.   Pourquoi ? Comment ? Était-ce vraiment utile ?   Les questions bourdonnaient, pulsaient dans ma tête, empêchant Morphée d'accomplir son œuvre.   De quel droit pouvions-nous envoyer un garçon si brave à l'abattoir ? Le secret méritait-il le sacrifice d'un homme ? Était-ce vraiment si important ?   Je me tournai sur le flanc.   N'y avait-il pas possibilité de parlementer avec le sieur Bono ? N'était-il pas un homme que l'on pouvait acheter pour garder le silence ?   Je me tournai sur l'autre flanc.   Acheter avec de l'argent. Ou autre chose Il devait bien exister une monnaie d'échange à sa guise. Il faudrait de toute façon passer par-là, l'issue du duel ne faisant aucun doute.   Je me mis sur le ventre.   Si Michon avait finalement pu ajuster la cible au bout de je ne savais même plus combien d'essais, il ne faudrait pas autant de tentatives à un homme expérimenté comme devait l'être le sieur Bono pour que Michon trépasse.   Je me retournai sur le dos.   Si jeune. Si fougueux mais imbécile. Encore un enfant. Qui aurait pu faire tellement plus. Quand il allait mourir stupidement pour une cause si honteuse.   Des gouttes coulèrent sur mes joues et vinrent humidifier le lit. Je me levai, la tête tournant légèrement.   Pauvre enfant.   J'ouvris la porte de ma chambre, et passai la tête par la porte. Personne dans le couloir. Je me dirigeai alors le plus discrètement possible vers le quartier du personnel visiteur. N'arrivant tout de même pas à retenir un petit reniflement. Les larmes montaient de plus en plus. Je m'arrêtai devant une porte sous laquelle dansait une petite lueur. Les larmes ruisselaient maintenant. J'ouvris la porte et tombai sur un dos musculeux dénudé et penché en avant. Michon, torse nu, qui sifflotait une comptine joyeuse tout en pliant un vêtement sur le lit. Le sifflement s'arrêta pendant qu'il se retournait, intrigué.   -Mademoi...   Les yeux complètement embués et reniflant maintenant en continu, je me précipitai sur le torse nu et musclé qui s'offrait à moi, entourant le large buste de mes bras et cachant mon visage larmoyant dans sa poitrine.   -...selle ?   Je devinais son appréhension, et ressentais le cœur qui s'emballait dans sa poitrine. Je sanglotais maintenant à petits bruits, les larmes coulant sur son corps. Je l'imaginais incertain, confus, la main juste au-dessus de ma tête. Je sentais l'odeur forte de ses aisselles. Il se décida finalement à poser sa main, et à me caresser les cheveux.   -N'ayez crainte, mademoiselle.   Je le sentis poser délicatement sa joue sur ma tête, renifler doucement l'odeur de mes cheveux. Sa main me caressait maintenant lentement le dos, d'un geste apaisant. Pourquoi fallait-il qu'un garçon si attentionné doive mourir ?   -Il ne faut pas vous en faire pour moi, je laverais l'affront qui vous a été fait.   Je me décollai de son buste et levai la tête, l'entrapercevant à travers ma vision floue :   -Tu...   Il me barra la bouche de son doigt et je devinai un sourire mélancolique sur son visage.   -Ne dites rien. Je sais que je réussirai. Ne craignez rien pour moi.   Si gentil. Mes yeux s'étaient asséchés. Si dévoué. Le sillon des larmes sur mes joues était maintenant loin. Si naïf. Mes reniflements s'étaient tus. Si physiquement impressionnant. Je sentais que son sexe gonflait doucement depuis quelques secondes, et qu'il était gêné. Si désirable. Je sentais une chaleur monter en moi.   -Maintenant, retournez-vous coucher, il faut que vous soyez en forme dem...   Je me dégageai doucement de ses bras et, appuyant sur son torse, le forçai à s’asseoir sur le lit.   -Mademoiselle ?   Il semblait maintenant surpris, légèrement inquiet. Je m'accroupis sur ses jambes et, le repoussant encore, l'allongeai sur le matelas.   -Que... que faites-vo...

Chapitre 7 :
Valère

de l'histoire
Le Grand Bal du Roi
par Wargen

Novembre 2019   “Bonjour Sacha, je t’en prie, assieds-toi.— Bonjour.”Je replaçai mes cheveux pour qu’ils cachent bien la forme de mes oreilles, un nouveau tic hérité d’octobre dernier.“Tu peux parler sans crainte ici, je suis tenu au secret professionnel.Mais si je parlais sans crainte, il allait m’interner à coup sûr, alors je me contentai de dire :“Ces séances ne sont pas utiles, vous savez, je vais bien. Ce qu’il s’est passé avec Lou… J’étais fatiguée et j’avais vu un film d’horreur qui m’a un peu perturbée mais…— Écoutez, c’est humain de ressentir le besoin de se confier - oui, mais moi je ne suis plus tout à fait humaine, pensai-je - et cela ne veut pas dire que vous êtes folle, surtout après une expérience traumatisante comme la mort de votre camarade de classe.— Je sais ça, ce n’est pas la première fois que je consulte et je pense que tout le monde devrait faire une séance par ci, par là, mais là, dans mon cas c’est…— Différent ?— Oui, voilà.— Je lis ici que vous avez crié à votre camarade de classe qu’elle allait mourir et qu’elle ne devait pas rentrer à pied…— Oui, euh, le film vous savez, celui dont je vous ai parlé…— Je vois, mais comment expliquez-vous l’accident alors ?— Vous n’allez pas me croire.— Essayez toujours, on peut avoir des surprises, parfois, dit le docteur.— Je l’ai entendu…— Vous avez entendu un accident de voiture plusieurs heures avant qu’il n’arrive ?— Oui.”Je vis dans ses yeux qu’il ne me croyait pas.C’est alors que je l’entendis de nouveau, la musique. Cette musique propre à chaque être vivant. Et dans mes oreilles, elle résonnait comme un requiem. Elle se fit plus intense. Je tournai la tête vers la porte du cabinet. Elle devint assourdissante alors que je me levais et me précipitai vers la salle d’attente, le docteur sur mes talons.Le silence se substitua à l’écho des notes persistantes sous ma peau. Trop tard. Encore trop tard. J’observai, impuissante, le corps suspendu au milieu de la pièce.“J’appelle une ambulance,” s’affola mon docteur.– C’est trop tard, il est mort,” dis-je.– Mais comment ?”–Je vous l’ai dit, je l’ai entendu.”

Chapitre 2 :
Sacha

de l'histoire
Descendant Seven
par chlo_M_Molina
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