The Root Book

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Une plateforme d'écriture unique ?


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The Root Book facilite l'écriture collaborative

Tu veux écrire de la fiction à quatre mains, à six mains, ou même plus, facilement et sans avoir de co-auteurice ?

The Root Book est un site d'écriture collaborative unique, où n'importe qui peut participer à n'importe quelle histoire et à n'importe quel moment de l'histoire.

Quel que soit ton genre préféré - fantastique, romance, science-fiction - ta voix a sa place ici. Seule l'imagination est la limite !

La ramification des histoires

The Root Book fonctionne sur le principe d'une arborescence des chapitres : un seul prologue donne naissance à de nombreux chapitres 1, qui sont les débuts d'histoires Chaque chapitre peut avoir autant de suites que possible, et chacune de ces suites peut à son tour se diviser en de nombreuses histoires.


Image illustrant la ramification des chapitres
Image illustrant la ramification des chapitres

Il te suffit d'un pseudo et d'un email pour te mettre à écrire

Si tu as besoin d'améliorer ton écriture, tu peux relever les défis d'écriture et ainsi travailler, tout en voyant ce que les autres écrivains proposent.
Et si tu as une idée, tu peux créer ton propre défi à la suite du prologue, juste en cliquant sur la case "défi".

Beaucoup d'histoires par de nombreux auteurs

The Root Book est un site très dense, avec sa multitude d'histoires qui possèdent tous leur propre multivers. Pour t'aider à naviguer dans cet arbre géant, plusieurs outils sont à ta disposition.

L'arbre des histoires te permet de visualiser la structure de chaque histoire et de comprendre comment les différents chapitres s'articulent entre eux. C'est un excellent moyen de voir l'ensemble de l'histoire et de choisir où tu souhaites contribuer.

Notre système de tags te permet de trouver des histoires qui correspondent à tes centres d'intérêt. La page des tags. Sur chacun de tes chapitres, tu peux ajouter les tags que tu veux, même ceux que personne n'a encore utilisé !

Le Concept Unique de The Root Book

The Root Book, c'est une expérience littéraire unique que je t'invite à découvrir. Ici, la magie de l'écriture collaborative prend vie. Chaque histoire se transforme en un véritable cadavre exquis où chaque auteur apporte sa touche personnelle, pour une aventure littéraire sans pareil.

Chaque histoire possède son propre multivers !

The Root Book est porté par une association à but non lucratif, qui a pour mission de fournir un outil 100% gratuit et en ligne pour tous, afin que chacun puisse exprimer sa créativité.

Si tu es enseignant·e ou professeur et que tu souhaites utiliser notre plateforme pour ta classe, n'hésite pas à m'envoyer un message pour me poser toutes les questions. D'autres ont déjà passé le pas.

La Monnaie de l'Imagination : Les Points TRB (🌳)

Sur The Root Book, chaque action compte. Les points TRB, symbolisés par le petit arbre 🌳, sont une manière de récompenser ta participation active à la plateforme. Tu les gagnes en écrivant (que ce soit des chapitres ou des commentaires), en donnant et recevant des coups de pouce, en relevant des défis et même en faisant un don à l'association T.R.B.

Ces points ont de la valeur ! Ils peuvent te permettre d'afficher des liens vers tes réseaux sociaux, augmentant ainsi ta visibilité au-delà du site. Tu peux également proposer de nouvelles façons de les dépenser directement sur ton compte.

Nos Chiffres-Clés et des Tags

The Root Book, c'est une communauté dynamique et des histoires incroyables à découvrir.

510 auteur·rice·s inscrit·e·s
691 chapitres coécrits
910188 lectures

Voici les tags préférés sur la plateforme :
Collaboratif (203) Écriture (178) Début (147) Concours (127) Prologue (126)
(Si ton genre de prédilection ne s'y trouve pas, peut-être que tu devrais envisager de créer un compte pour remédier à ce problème !)

Si jamais tu es perdu, surtout n'hésite pas

Si tu as plus de questions, il existe une FAQ.

Si tu as des suggestions ou si tu rencontres des problèmes sur le site, n'hésite pas à me contacter. Je suis là pour t'aider et répondre aux demandes dans les plus brefs délais. Tu peux me contacter via le formulaire de contact.

Un site avec de fortes valeurs collaboratives

En tant qu'association, The Root Book est ouvert à de nombreuses possibilités de partenariat. Que tu sois une association, une entreprise, un blogueur ou un influenceur, nous sommes toujours ravis d'explorer de nouvelles collaborations.

Nous disposons d'un système de visibilité efficace qui peut aider à promouvoir ton travail ou ton organisation à travers notre plateforme et notre communauté d'auteurs passionnés.

Si tu es intéressé par un partenariat avec The Root Book, n'hésite pas à prendre contact via le formulaire de contact ou à l'adresse email suivante : information.the.root.book@gmail.com.


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Quelques Chapitres à ne pas oublier

Je ne sais pas si les animaux sont capables de communiquer consciemment. Mais à la lueur tremblante au fond des yeux de la pauvre bête, j'ai l'impression qu'elle me supplie de la délivrer. Une pression des mains sur les barreaux m'indique qu'il ne fait pas froid dans le four. J’attrape un carré en laine qui traîne à côté pour me protéger les mains et tente d'ouvrir la grille. En vain. Il y a une serrure qui la maintien fermée. Si on veut faire cuire un être vivant, même attaché, il vaut mieux que la porte ne puisse s'ouvrir suite à un mouvement du cuit en question. Quelle vieille femme horrible ! Une rapide inspection de la sombre salle, seulement éclairée par la lueur du four, me laisse supposer que je ne trouverais pas la clef ici. Elle ne contient en effet, en plus du four, que des caisses en bois et des sacs en lin fermés à terre. Quelques ustensiles de cuisine et de ménage accrochés sur des patères aux murs. Des pots scellés rangés sur des étagères en bois et une table en bois vide au centre de la pièce. Je retourne dans le sombre et froid couloir pour continuer ma recherche de clef. Je découvre alors la porte fermée située juste en face de la cuisine. Je ne l'avais pas remarquée dans la pénombre, obnubilée par la clarté chaleureuse provenant de la cuisine. La porte n'est pas verrouillée et s'ouvre en grinçant. Une perle de sueur apparaît sur ma tempe droite : j'espère que personne n'a entendu. Mais le bruit de fond venant de la pièce principale, la voie puissante de la vieille femme mélangée à la mastication et aux demandes de bouts supplémentaires de mes compagnons qui semblent avoir émergé de leur léthargie, recouvre le tout. La pièce baigne dans la pénombre, mais je devine, du pas de la porte, un nombre indéterminé de masses sombres informes. En m'approchant, je m'aperçois qu'il s'agit de statues d'humains ou d'animaux. Au touché, on dirait que ce n'est pas solide. Un peu granuleux et ça s'émiette. Comme un gâteau. Des gâteaux en forme d'animaux ou d'humains, de taille réelle, certaines avec des parties en moins : main, patte, museau, hanche, tête... Et celui-ci qui, malgré la pénombre, le bas du corps et le nez en moins, me rappelle étonnamment Père mystérieusement disparu sans prévenir, l'année dernière...     -Tu as trouvé la salle d'eau, mon sucre d'orge ? hurle la vieille dame depuis la pièce principale. Je sursaute et sort de ma contemplation. Je crie du plus fort que je peux : -Oui ! Je ne sais pas si elle m'a entendu, mais j'ai l'impression qu'elle est suffisamment occupée par Herta et Michon pour être pleinement concentrée sur moi. Reprenant mes esprits, je me dis que si la clef n'est pas dans la cuisine, elle doit se trouver dans la pièce principale ou avec la vielle dame. Je m'approche furtivement de la pièce éclairée. La vieille femme me tourne le dos, motivant mes compagnons, des miettes en forme de sourire autour de leur bouche et les assiettes remplies devant eux, à manger le petit bout de la poutre de la maison qu'elle vient de leur apporter. Sa position me permet de remarquer le trousseau de clefs accroché à la ceinture en corde plutôt lâche qui maintient la grande cape grise de la vieille femme autour de sa taille. Il faut que je récupère le trousseau. Il faut que je le récupère... Il faut... il faut... J'ai une idée !   Je retourne furtivement dans la cuisine, déplace deux caisses en bois à côté de l'entrée après m'être assurée que j'étais complètement cachée en étant accroupie derrière, et bascule un balais dans le faible espace entre les deux caisses. Les contournant, je teste la solidité du manche à balais ainsi coincé. Pas de doute, à moins d'aller vite ou d'être très fort, le manche ne bougera pas si des jambes viennent à cogner dedans. Je remets le bâton en position haute. Et retourne devant la grille du four. -J'ai peur, ma petite chèvre, mais on va faire en sorte que cela réussisse. A l'aide d'un long couteau denté, j'arrive tant bien que mal à faire tomber la pomme de la gueule de l'animal. Celui-ci, libéré de son bâillon, se met à bêler à tue-tête. Je cours m'accroupir derrière les caisses en bois, prête à faire basculer le balais. Au bout d'une minute, les cris incessants de la chèvre finissent par faire apparaître une étrange lueur verte tremblotante en provenance du couloir. La lueur s'accentue jusqu'à ce qu'une pierre lumineuse verte ne passe le pas de la porte. Suivis du bâton au bout duquel elle est enchâssée. Puis de la grosse main droite qui le tient. En enfin la vieille femme toute entière. La luminosité générale de la pièce devient plus importante qu'avec la seule lueur du four, mais pas autant que dans la pièce principale. Je suis heureusement toujours cachée dans une zone plutôt sombre, derrière mes caisses. -Allons bon mon appétissante chèvre, tu as réussi à faire tomber ta pomme ! s’esclaffe la vieille femme. Elle prend le trousseau de clefs de sa ceinture, ouvre la porte du four, prend la pomme tombée sur la plaque comme si elle ne ressentait aucune douleur du fait de la chaleur, et tente de la remettre dans la gueule de la bête. Celle-ci ne se laisse pas faire et tente de mordre le bras qui s'avance. -Oh que tu m'énerves, saleté ! beugle la vielle dame. Elle tend son bâton, qui voit sa lueur verte diminuer. Lorsque celle-ci devient nulle, une décharge verte éclate et atteint la chèvre qui s'immobilise, prisonnière d'une sorte de boule d'éclairs verts scintillants. Je retiens de pousser un cri de terreur pour ne pas dévoiler ma présence. -Non mais, vilaine beyte ! réplique la vielle femme avec contentement. Elle remet la pomme dans la gueule de l'animal, referme la grille, verrouille la serrure, pose le trousseau de clef sur le rebord du four et fait disparaître la boule d'éclairs, la lueur verte générale revenant dans la pièce et la chèvre se remettant à gesticuler. Elle dit, d'un ton doucereux : -Tu m'as l'air bien dodue et appétissante, je te mangerais avec délice. Encore 8 heures de cuisson pour que ça prenne. Mais vois-tu ma belle, j'ai eu la chance de trouver trois nouveaux plats qui ont bien plus de potentiel que toi ! Juste la petite perle de nacre à rembourrer un peu pour qu'il y ait de quoi grignoter ! Je tremble en entendant ces paroles. -Où est-elle d'ailleurs, cette petite peste ! reprend-elle de manière plus énervée. Elle en met bien du temps, à se laver les mains !   La vieille femme sort de la pièce d'un pas décidé. Elle va sûrement aller dans la salle d'eau et s'apercevoir que je n'y suis pas ! Je suis paniquée et ne sais que faire. J'ai peur ! Mais mon corps semble ne pas en tenir compte. Il bondit fermer la porte, pousser une caisse en travers, puis saute vers le trousseau de clefs, ouvre la grille sans trembler, balance violemment par terre la plaque de four contenant la chèvre, puis lui enlève la pomme de la gueule et cisaille les liens ligotant son corps et l’empêchant de se mouvoir à l'aide du long couteau denté que je tenais inconsciemment en main depuis le début. Je remarque au passage que la couche luisante recouvrant la chèvre est plus solide et épaisse que ce que je ne pensais. Un peu comme une pâte de gâteau en train de cuire... Reprenant mes esprits, j'entends la vieille femme tenter de rentrer dans la pièce, puis s'énerver contre la porte buttant sur la caisse en en bois en maugréant des choses incompréhensibles.     Je cherche de la tête une cachette sûre, mais ne trouve rien d'utile. Je suis coincée comme un rat avec la chèvre de M. Seguin qui tente de retrouver tant bien que mal l'usage de ses pattes. Tout à coup, la vieille dame cesse de s'énerver et grommeler. Quelques secondes de calme qui me semblent bien inquiétantes. Je me place à portée de main d'une étagère contenant des pots, qui pourraient me servir de projectiles, et tiens mon couteau bien serré en main. Aussi soudainement que le calme était revenu, la porte explose. Et la vieille femme rentre dans la pièce. La lumière verte revenant progressivement, je la découvre alors pleinement : un nez crochu et bulbeux, un sourire atroce laissant apparaître des dents jaunies de travers, des yeux verts vitreux, quelques mèches de cheveux blancs et rêches sortant de sa capuche, un petit corps trapu, d'énormes mains disproportionnées aux doigts acérés, celle de droite accrochée à son bâton enchâssé d'une pierre verte. Une sorcière ! -Tu es là, petite peste ! Tu es bien moins docile que les autres ! Il faut dire que tu n'as pas mangé de gâteau de bienvenue... Je saisis un pot, mais le précédent élan de courage de mon corps semble s'être arrêté : mes tremblements de peur font atterrir le pot, d'un jet lamentable, à deux mètre de ma cible. La sorcière balaye un nouvel essai plus concluant de son énorme main gauche. -Ah ah ah ah ah! Tu es pitoyable en croyant m'avoir ainsi, petite perle de nacre ! Au panier, maintenant ! Elle pointe son bâton dans ma direction, et la lueur verte commence à s'abaisser. Tournant la tête dans tous les sens, je cherche rapidement une sortie, une cachette ou un rempart. Mais elle m'a acculée au fond de la pièce, et se trouve entre moi et la sortie. Je me déplace vers une caisse en bois, mais la pierre enchâssée au bout de son bâton suit ma course et ne laisse guère d'espoir quant à mon devenir...   Alors que la lumière va disparaître, signe qu'un éclair vert à l'effet inconnu va me frapper, la sorcière hoquette. Je plonge en direction d'une caisse et entends une décharge foudroyer le mur derrière moi. Me relevant, je remarque que la vieille femme a une corne de chèvre qui dépasse de son abdomen. Un liquide rouge sombre épais en ressort. Un bêlement rageur se fait entendre. Elle vient de se faire empaler par la chèvre de M. Seguin ! La sorcière, aussi surprise que moi, ne semble néanmoins pas gênée par cette profonde blessure. Après avoir gesticulé et lutté contre l'animal, elle se dégage et envoie valdinguer son empaleur d'une grande baffe de sa main gauche. Mais durant ce faible laps de temps disponible, mon corps semble avoir repris le dessus sur mon esprit. Je plonge sur la sorcière qui me tourne alors le dos, et l'égorge à l'aide du long couteau denté qui ne m'avait toujours pas quitté. Un râle terrifiant et démoniaque provient de la bouche de la sorcière, tandis qu'un filet de liquide rouge sombre épais se met à couler de son cou largement ouvert. -Ah ah ah ah ah ! Je recule sous l'effet de son rire. Tout à coup, sa tête commence à pivoter légèrement sur son axe. Lentement. A 90°. Sans que le reste de son corps ne suive. A 180°. Elle me regarde de ses horribles yeux verts vitreux, un sourire dément aux lèvres, son filet de liquide nappant tout le pourtour de son cou. Sa tête dans ma direction. Son corps, à l'opposé, vers la chèvre de M. Seguin. Elle veut parler, ou rire, mais seules des bulles rouge sortent de sa bouche. Cette vision me fait défaillir, et je me retrouve à quatre patte, à vomir tout ce que mon corps pouvait rendre. La crise passé, complètement vidée, je relève la tête dans sa direction. Elle avait commencé à faire revenir son corps dans la même direction que sa tête, mais la chèvre était repassée à l'attaque et tentait d'enfoncer ses sabots dans le corps de la sorcière. La tête avait donc également recommencé à tourner dans le sens inverse. La lumière du bâton diminuait, signe d'une nouvelle décharge. Je me remets sur mes pieds, défaille de nouveau, me relève et veut me précipiter sur le corps de la vieille femme, ou de quoique ce soit, pour dévier le bras tenant le bâton. Malheureusement, je glisse dans mon vomi et retombe sur mes genoux. L'éclair part, et la chèvre de M. Seguin explose, rependant son sang, ses entrailles, ses membre et sa tête à travers la pièce. Je reçois un bout de boyau sanguinolent sur le visage. -Glahbl glahbl glahbl glahbl glahbl ! Retrouvant une sorte de courage, je ramasse le couteau. Et saute sur le corps devant moi. Je plante mon arme dans la main tenant le bâton. Sous l'effet, la poigne titanesque de la main se détend, et j'en arrache le contenu. Alors, un cri suraigu retentit, et je sens que l'immense force mystique, qui ne faisait ressentir aucune douleur à la sorcière suite à un empalement et un égorgement, s'évapore. La sorcière est vaincue. Et dans une dernière vision d'horreur, je vois son corps se mettre à fondre et s'étaler lentement sur le sol, comme de la cire. Avant que le noir ne recouvre tout.     -...faim... -...pièce chaude... -...tout fini. -Fallait manger moins vite, grand nigaud ! -Mais j'ai faim ! Elle est où Grand-Mère ? -Tu va vite en besogne, en l'app'lant Grand-Mère. Bon, aller vite en besogne, tu t'y connais ! Hinhinhin ! Mais c'est vrai qu'elle est plutôt sympathique c'te bonne vieille femme. -On voit pas grand chose, mais ça à l'air d'être le bordel dans cette pièce ! -Et qu'est ce qu'ça pue ! On dirait qu'ça sent la chèvre mouillée ! -Mouillée ? Grillée, tu veux dire ! Viens on va prendre de quoi éclairer, on voit que dalle ici !   -Oh putain, c'est vrai qu'c'est l'bordel ici ! dit Herta. -Regarde cette... ce gros truc fondu au sol ! répond Michon. -Et là... là.... et aussi là. Et là aussi. Y avait une chèvre ici. Elle d'vait être en un morceau un moment. On dirait qu'elle a explosé ! -Là ! Eden ! Elle est morte ? -Oh, r'gardez moi ce bellâtre qui vient au chevet d'la pucelle ! T'en fait pas, elle va bien, ta poupée. Ça doit être le seul truc dans c'te pièce qui va bien, d'ailleurs ! -Eden... Eden ! On me secoue. D'abord doucement. Puis plus violemment. -Vas-y doucement ! s'exclame Michon. -Elle est pas en sucre, ta mignonne, elle s'en r'mettra, répond Herta. -Ta gueule ! - Hinhinhin, tu fais moi le fier, d'habitude, quand tu veux m'montrer ton engin... Une première claque. Suivis instantanément d'une seconde. Mes paupières commencent à papillonner. -Eden ! -Tu vois qu'elle était pas morte ! Si tu veux qu'elle s'remette, va lui chercher d'l'eau et un peu à manger, mon grand.   Mes yeux s'ouvrent complètement au moment où Michon sort de la pièce. Herta est penchée sur moi. Elle me traîne délicatement sur le sol, s'assoit dos à un mur, enlève mon capuchon, pose ma tête sur ses cuisses vigoureuses, puis me masse doucement le cuir chevelu en me regardant dans les yeux : -Faudra qu'tu nous racontes c'qui s'est passé ici, ma belle, pas'qu'c'est un beau carnage ! Je ferme les yeux en expirant, bercée par le massage crânien.   Une fois rassasiée, réchauffée, et partiellement remise, je leur raconte. L'histoire que j'ai déduite, qui voulait faire de nous trois les prochaines pièces du garde-manger de la sorcière. Elle qui nous aurait transformée en gâteau par je ne sais quel sortilège ou préparation. Et comment j'ai délivré la chèvre de M. Seguin qui était en voie de transformation en gâteau ; comment la sorcière s'en est rendue compte ; comment nous avons, la chèvre, au prix de sa vie, et moi-même, pu la défaire. Mon récit terminé, je regarde leur visage et comprends que je n'ai pas entièrement convaincu. -C'est complètement fou, souffle Michon. -T'as dû prendre un sacré coup sur la caboche, ma belle, lâche Herta. Je ferme les yeux, et expire un grand coup. Puis les rouvre, les regarde tous les deux et leur répond : -Vous n'avez vu d'elle qu'une vieille dame gentille et affable, non ? Et vous avez goûté très rapidement au gâteau. De mon côté, je n'y ai pas touché. Je n'ai jamais eu confiance en elle, et l'ai vu sous son vrai visage lorsqu'elle est rentrée ici. Ce n'était pas beau à voir. Pour sa « mort », vous voyez bien cette grande tâche de... je ne sais pas quoi, mais qui ressemble à de la cire, au sol, avec sa cape par dessus. Je ne pourrais pas prouver que cette tâche, c'est elle, mais j'aurais été tordue, et quel intérêt, de faire croire que c'est elle, et qu'elle se trouve autre part. On aura qu'à explorer la maison pour ça, de toute façon. De plus, je ne pense pas qu'il se soit passé beaucoup de temps entre le moment où elle vous a quitté, et le moment où vous êtes venus ici. Et je ne feignais pas mon étourdissement, vous avez pu vous en rendre compte. Donc je n'aurais pas eu le temps de faire quelque coup monté que ce soit. Pour la chèvre de M. Seguin : je n'ai pas à vous prouver qu'une chèvre est morte de manière explosive ici il y a peu de temps ; vous pouvez aller voir la tête qui doit traîner quelque part, je pense que vous la reconnaîtrez. Mais finalement, l'argument le plus parlant, c'est celui-ci », dis-je en pointant mon doigt vers la porte d'entrée de la cuisine, et vers la porte fermée lui faisant face de l'autre côté du couloir sombre. « Aidez-moi à me relever. »   Après m'avoir remise sur pieds et s'être assurés que je tenais bien toute seule, nous entrons dans la pièce en question. A la lueur des chandeliers, il ne fait plus aucune doute que la statue que j'avais prise pour Père... était bien Père, qui avait donc été capturé, transformé, et commencé à être mangé par la sorcière. Lorsque l'on apprend la disparition d'un être aimé, il y a toujours un grand chagrin. Mais une disparition laisse toujours l'espoir, même ténu, qu'elle ne soit que provisoire. Je venais malheureusement d'apprendre en cette sombre nuit que, si Père avait disparu, c'est parce qu'il était mort, si tant est que l'on puisse nommer ainsi sa transformation. Un deuxième grand, immense, chagrin en quelque sorte. Mais mes yeux restent secs.     Un bruit de sanglots éclate. Je m'approche d'Herta, regarde la cause de ses pleurs, et l'enlace par derrière, plaquant mon frêle corps contre son dos pour lui apporter un peu de chaleur et de réconfort. Sa mère avait été une très belle femme. Moins trapue et puissante mais plus grande et altière que sa fille, elle avait toujours eu une grande prestance et un beau visage chaleureux, avec des yeux vifs. Même transformée en gâteau. Les longs cheveux soyeux et ondulés n'avaient perdu que leur couleurs auburn lors de la transformation. L'absence des deux bras venait malheureusement gâcher sa grande beauté physique.   -Eh, là, il y a un gâteau qui ressemble vachement à oncle Miréval ! On dirait presque que c'est lui !   Michon est un homme bien bâti, qui combine une grande force physique avec un visage agréable, qui est gentil, serviable et courageux derrière son air fier, bourru et casanier, et aurait même des qualités que je ne pourrais soupçonner ou comprendre d'après Herta. Mais il s'agit également d'une personne assez lente à la détente. Je lâche Herta et m'approche de lui : -Michon, il s'agit d'oncle Miréval, et non d'une copie. -T'es sûre ? C'est vrai tout ce que tu nous as raconté ? - Mais bien sûr, bougre de con d'idiot décérébré ! lui hurle Herta depuis sa statue maternelle.   Après reprise de nos esprits et exploration de la maison, nous avons trouvé, en plus des pièces déjà connues : une chambre, une salle d'eau, une pièce qui devait servir à la préparation des potions et sortilèges de la sorcière, un autre garde-manger avec d'autres gâteaux d'humains et animaux transformés, une porte principale donnant sur une sombre et dense forêt dont le feuillage laisse passer de rares rayons de lune rouge, et quatre portes donnant sur des souterrains d'un noir absolu qui absorbe toute lumière, les chandeliers n'ayant ici aucune utilité ici. Nous venons d'un des quatre tunnels, mais impossible à chacun de nous de se souvenir duquel nous avons débouché.   Sur le pas de la porte, nous nous demandons que faire maintenant : -Je propose de rester ici cette nuit, de se reposer, et de voir ce que l'on fait demain, dis-je. -J'me sens pas d'rester ici avec tous ces gens qu'on connaît transformés en gâteau, bougonne Herta. Je la comprends. -Pourquoi est-ce qu'on rentre pas chez nous ? demande Michon. -Et on fait comment ? réponds-je. -Bah, on revient par les tunnels. -Lequel ? -J'en sais rien. On les teste, un par un ? Du Michon tout craché. -Sans lumière, en ne sachant pas s'il y a des trous, des pièges, des bifurcations... -Ch'uis d'accord avec Eden, c'est pas une bonne idée, me conforte Herta. -Ouai, mais par la forêt, on sait pas par où aller ! réplique Michon. -Ouai, mais c'est moins oppressant, dit Herta. « Té, viens dehors et regarde, on voit... oh putain ! » A son air interloqué, nous sortons également, pour découvrir que les murs de la maison brillent faiblement dans le noir. Même les bouts de gâteaux que tient Michon dans ses mains, ainsi que les miettes qui restent collées autour de sa bouche, scintillent légèrement. -Marrant ça ! s'exclame Michon. « Tiens Eden, tu peux me tenir ça, je vais pisser. » Il me tend ses bouts de gâteaux et rentre dans la maison. -Est-ce qu'on peut pas s'servir d'ça pour s'repérer dans la forêt ? me demande Herta. -Si. Bon, ça peut également attirer d'autres personnes ou animaux, et des animaux peuvent les manger. Mais ça éclaire un peu plus que les rayons de la lune. Et ça permettrait de bien baliser le chemin. C'est mieux que rien... -Vu qu'on reste pas ici et qu'on peut pas rentrer par les tunnels, autant ramasser plein d'gâteau, et s'en servir comme bouffe et repères dans la forêt. Nous ramassons des paniers en osier trouvés dans les gardes-mangers et commençons à les remplir de bouts de gâteaux découpés ça et là dans les murs de la maison. Au bout de cinq minutes sans nouvelles de Michon, je commence à m'inquiéter et me dirige vers la salle d'eau. Je le trouve en chemin, dans la cuisine, penché sur la tâche de... sorcière. -Michon, ça va ? Il sursaute, se retourne, et laisse apparaître un visage assez pâle. -Je... j'ai l'impression d'avoir vu bouger un truc en passant devant la porte, et... j'ai l'impression que c'est en train de se reconstituer... Je regarde attentivement pendant quelque secondes, et effectivement, l'ensemble à l'air de bouger tout doucement, comme si la tâche se contractait pour... se reformer. En regardant alentour, je me rends compte que le bâton enchâssé de sa pierre verte se trouve pris dans la tâche. Je veux l'enlever, mais il semble bien collé et ne veut pas se détacher. Michon tente également de son côté, sans succès. Je n'aime pas ça. Pas du tout. -Michon, il faut qu'on y aille, vite ! Nous attrapons Herta au passage, lui expliquons rapidement de quoi il retourne, et tombons d'un commun accord pour prendre le chemin de la forêt en laissant de manière régulière des bouts de gâteaux phosphorescents derrière nous afin de pouvoir se retrouver au cas où...

Chapitre 5 :
Un cou à se rendre chèvre

de l'histoire
Lune sanglante
par Wargen
Fantasy Chaperon Rouge Conte

La chaleur du four caresse votre visage alors que vous vous penchez pour vérifier la cuisson. D'un geste assuré, vous refermez la porte, piégeant ce qui semble être une courge à l'intérieur. Un murmure continu de conversations et le cliquetis des ustensiles créent un chahut animé tout autour de vous, comme si des dizaines de personnes s'activaient dans une harmonie frénétique. Tournoyant sur vous-même, vous découvrez par votre cuisine ouverte un véritable spectacle vivant. L'endroit est un ravissement pour les sens, avec ses murmures délicats des clients, le crépitement des casseroles, et le ballet synchronisé des chefs, confirmant l'effervescence créative de ce lieu gastronomique. Chaque détail, du cliquetis des couverts à la danse des flammes dans le four, contribue à une symphonie sensorielle, faisant de ce restaurant un théâtre gastronomique où la passion culinaire prend vie. Votre tenue s'aligne harmonieusement avec celle de vos collègues affairés, créant une toile vivante de chefs orchestrant un ballet culinaire. Soudain, une voix impérative vous tire de vos pensées. Une de vos collègues s'approche en scandant : « Il nous faudrait deux butternuts aux noisettes torréfiées supplémentaires ! » C'est alors que la réalité semble se tordre légèrement. Le visage de votre collègue qui vous a adressé la demande pressante vous frappe avec une étrange familiarité. C'est la femme qui courait, mais cette fois, son regard ne déborde plus de larmes. Les yeux reflètent la détermination d'une chef de cuisine résolue. Perdu entre les arômes alléchants, les mouvements synchronisés, et le visage transformé de votre collègue, une question flotte dans votre esprit : auriez-vous trop abusé des fleurs ?

Chapitre 4 :
Vous cuisinez

de l'histoire
Âme errante
par Bat.Jacl
Mystère Amnésie Bonbons

Il faisait sombre, la lumière vespérale cendrée de la Lune peinant à traverser l’épaisse canopée qui me camouflait la voûte céleste.Les couleurs se confondaient les unes dans les autres, donnant à la scène une étrange teinte grisâtre, dont se détachaient péniblement quelques lumières méconnaissables.Le sentier, menu et sinueux, était jonché de feuilles mortes, de racines, de branches, et d’herbes rases. Les lourds arbres qui le longeaient impressionnaient de part leurs diamètres, leurs hauteurs, et leurs présences, comme si ces entités étaient capables de surveiller la forêt. Le silence, lui, était pesant, poisseux, tout juste perturbé par des bruissements, des sons lointains, la brise dans les feuillages, et mes bruits de pas.Je m’évertuais à faire le moins de bruit de possible, mais à chacun de mes pas, j’avais l’impression de réveiller toute la forêt au gré d’une feuille qui craque, d’une branche qui grince, ou de mon pieds se prenant dans une racine.J’entendais mon souffle, irrégulier, saccadé, et sentais mon cœur battre à tout rompre dans mes tympans, persuadé que chacun de ses battements assourdissants résonnait tout autour de moi. L’odeur boisée était la seule chose qui venait légèrement calmer mes esprits. Un subtile parfum, mélange de humus, de pétrichor, et de sève.Je lui trouvais presque une note de caramel.Elle contrastait violemment avec l’odeur de ma sueur, salé, forte, et omniprésente. Après ce qui me sembla être des heures, à avancer mètre après mètre, terrorisé que le moindre mouvement un peu trop brusque puisse signifier la fin du voyage, je tombai sur une clairière.Ici, la Lune était clairement visible, mais pas moins menaçante pour autant.Je me retrouvai à nu, impossible de me cacher des choses de la forêt, livré à leur mercie.Autour de moi, la clairière s’assombrit. Levant la tête, je ne pouvais voir qu’un nuage noir venir recouvrir l’astre d’argent.Un son familier commença à se faire entendre, suivit de près par la sensation des gouttes venant s’écraser sur ma peau.

Chapitre 1 :
La forêt

de l'histoire
La forêt
par Laurent
Début Écriture Collaboratif

Après mon père et ma mère, et ma demi-sœur avant qu'elle ne parte en exil caché, Grande-tante était la personne de la famille pour qui j'avais la plus grande estime et affection.   Petite sœur de mon grand-père paternel, Baron de Soulogne, elle avait jouit d'un mariage prestigieux auprès du cadet de la Maison d'Orélsan, ce qui l'avait conduit à quitter la Soulogne assez jeune pour se retrouver à Orélsan ou à la capitale. Son premier mari mort d'un infection pulmonaire, elle avait de nouveau trouvé les ressources pour accéder à un nouveau mariage au dessus de sa condition. Son second mari, Monsieur Le Teiller, avait en effet été conseiller d’État avant de devenir secrétaire d’État de la Guerre de l'ancien Roi, un des proches de l'homme de l'ombre de l'ancien Roi, marquis de Barbézieux, et un fervent soutien du nouveau Roi lors de la fronde. Ce qui lui avait valu une gorge tranchée. Et un second veuvage pour Grande-tante.   Malgré son statut, elle se plaisait à revenir nous voir régulièrement en Soulogne, qu'elle ne rejetait pas comme un obscur petit bout de terres maintenant qu'elle œuvrait dans les plus hautes sphères du royaume. Elle ne put avoir d'enfants, et elle se prit d'affection pour ma demi-sœur et moi-même en tant que seuls petits-enfants restant de la famille de Pont-Sainte-Croix. Les manières dont elle faisait montre n'étaient que superficielles, pour s'inscrire dans le milieux dans lequel elle évoluait maintenant. Mais dans le fond, on ne trouvait pas en elle la morgue et l'orgueil de la haute noblesse sur le reste de la population du royaume.   Pour une campagnarde, elle s'était très facilement adaptée à la vie citadine de la capitale, et aux manières très codées, aux mondanités exubérantes et aux commérages de salon de la haute société.   -Alors mon enfaaaaant, as-tu développé un mal de la viiiiille ? me demanda-t-elle en souriant alors que nous nous étions assise dans son boudoir, après avoir quitté la cour et emporté une lettre cachetée que ma demi-sœur lui avait adressée.   -Je suis déjà allé accompagner Père à Orélsan et à Bois, mais... Ce ne semblent n'être que de petites bourgades comparées à la capitale ! Il y avait certes la chaleur et la fatigue du voyage, mais cette foule ! Jamais je n'avais vu autant de monde à la fois, et dans un si petit espace...   -Crois-moi, ma petite Anne... Elle se pencha vers moi et chuchota : « Anne, la vrai, même si je trouve désobligeant de dire cela, m'a averti avant que tu n'arrives, de ton changement d'identité. Même si je me rappelle bien plus de toi en tant qu'Anne qu'Anne elle-même ! Quoiqu'il en soit, je te donnerais du Anne pour toute cette année que tu passeras ici. »   Elle se redressa et repris une voix normale : « ...il ne doit y avoir beaucoup de viiilles sur Terre qui ne soit aussi dense et peuplééé qu'ici. Mais tu t'habitueras viiite, je le sais. Et tu ne devraiiis, je l'espère, jamaiiis trop traîner dans les quartiers sud, très peuplééés, grouillants et dangereux par lesquelles vous êtes rentrééés pour venir ici.   -Et cette odeur... Comment faites-vous pour supporter cela ?   -Ihihih, mais mon enfaaant, ce sera comme pour les gens. Et l’exiguïtééé. Et la promiscuitééé. Et le bruiiit. Et l'absence d'arbres. Avec le temps, tu t'habiiitueras. Et tu feras connaissance de tout le reste, que tu ne peux trouver qu'iiici. Tout ce qui donne le piquant de la viiie !   -Je l'espère, Grande-tante. Je l'espère...   -Mais siii, je le sais. Une fois que tu auras pris le goût et le pouls de la ville, je sens que nous allons bieeen nous amuseeer toutes les deux ! Et d'ailleurs, nous allons commencer pas plus tard que ce soiiir : nous sommes invitées pour une modeste soirée chez une de mes graaandes amies, Madame la marquise Blanche de Drouot. Va donc te reposer un peu dans ta chaaambre pour te remettre de ton voyage, et tu te prépareras par la suite. Je t'ai déjààà fait sortir une robe, dont j'espèèère un bon retour des invités. Tu pourras demander à tes gens de t'aider pour t'habiller. Nous partirons sous les coups de dix heures. Et maintenant, je te prie de m'excuser, mais j'ai à revoiiir une bonne vieille amiiie !   Je me levai et quittai la pièce pour laisser rentrer une Marthe souriante.     Une modeste soirée. Peut-être était-ce « ce que je ne pouvais trouver qu'ici, le piquant de la vie ». Le grand salon de l'hôtel particulier de Madame la marquise était grand. Et il était bondé. Je ne sus dire combien de personnes pouvaient se trouver ici, en même temps, dans ce même lieux.   La robe mise à disposition par Grande-tante aurait déjà pu me mettre la puce à l'oreille : une robe rouge en soie, une matière si douce au touché mais si fragile qu'elle interdisait l'usage du corset. La robe mettait donc en valeur ma fine silhouette et proposait alentour, grâce à deux fines bretelles qui lui permettaient de tenir et un décolleté, une vue sur mes épaules nues et une plongée impudique sur mes seins. Pas de froufrous ou de bijoux incrustés. Pas besoin, m'avait glissé Grande-tante, avant de me demander de prendre une petite coiffe et un chaud veston pour le voyage en calèche.   Je n'avais jamais vu un tel vêtement exister, ni même pensé que cela pût exister. Et encore moins pensé que l'on pu le porter, étant donné le style vestimentaire à la mode et toute les robes qui s'offraient à ma vue. De la même manière que je n'aurais jamais cru possible assister un jour à une soirée en compagnie d'une telle quantité d'hommes et de femmes de haute naissance ou issus de la haute bourgeoisie. Une modeste soirée.   Tandis que je restais bouche bée, à l'entrée de la pièce, devant ce qui s'offrait à mes yeux, et que certains regards se tournaient dans ma direction, ma grande-tante me prit par le bras et m’entraîna vers un groupe de quatre personnes.   -Aaaaaah, madaaaame et monsieur le Comte de Clairmont, madame et monsieur Serbiiien, laissez moi vous présenter ma petite-nièce, Aaanne de Pont-Sainte-Croix, baronne de Soulogne !   Les deux couples se tournèrent dans notre direction en souriant, inclinant légèrement la tête. L'homme le plus joufflu, crâne légèrement dégarni et avec une couronne de cheveux blancs, répondit :   -Ah ma chère, nous nous demandions à quelle moment vous feriez votre apparition lors de cette soirée. Vous ne vous êtes que trop faite attendre !   Le deuxième homme, plus jeune, arborant une fine moustache et de longs cheveux bruns tombant dru de part et d'autre de son visage, compléta, avec un accent prononcé que je ne sus définir :   -Cependant, je pense pouvoir dire, enlevant les mots de la bouche de mon ami Jacques ici présent, que votre retard est excusé par la présence de votre sublime petite nièce !   Les deux hommes gloussèrent, tandis que leurs femme les regardaient d'un œil sombre. La femme de Jacques, l'homme joufflu, se tourna vers moi, persiflant :   -Baronne si jeune... et ainsi vêtue ? Moi qui pensais que les baronnies n'étaient là que pour apporter la plus grande part du sang noble dans nos vaillantes armées. Je crois que vous ne seriez que d'une piètre aide sur le champ de bataille, dans cette tenue !   -Que nenni, chère Mathilde, rétorqua ironiquement l'homme à l'accent prononcé. « Notre chère Anne éblouirait la soldatesque ennemie, les faisant tourner casaque à sa seule vue ! »   -Tout comme vous seriez prêt à me tourner casaque de votre côté, mon cher époux ? rétorqua froidement sa femme, une jolie et grande femme blonde aux yeux bleus sans fard ni maquillage, ce qui tranchait avec la trop pomponnée Mathilde.   -Diantre non, chère Ingrid, fleur de mon cœur, éclat de mes rêves, que ne sais-je tout ce que je vous dois !   -Ne serais-ce votre tiiitre, mon cher Enguerraaand ? glissa malicieusement Grande-tante.   Les cinq autres gloussèrent. Ingrid se tourna vers moi : « Je m'excuse pour le manque d'éducation de mon époux, que j'ai du mal a encore tenir en laisse. Néanmoins, je crois comprendre que nous nous trouvons toutes les deux, ou tout du moins tous les trois avec mon époux, dans un cas similaire : j'imagine aisément que vous vous retrouvez dépositaire d'un titre gagné fortuitement et précocement suite aux événements tragiques d'il y a deux ans.   -Effectivement, madame la comtesse. Feu mon père était baron de Soulogne, et en l'absence d'un frère ou d'un époux, j'ai récupéré la lourde tâche de représenter et administrer notre domaine.   -Si jeune, si désirable, et toujours sans époux ? Je pense que vous pourrez aisément, si vous le souhaitez, faire une croix sur la tranquillité de votre célibat à l'issue de l'année à venir. Et, très chère Anne, savez-vous que même la présence d'un époux à vos côtés ne vous ôte pas toutes responsabilité quant aux décisions à prendre pour vos terres. Bien au contraire ! Je me targue de ne pas laissé intervenir mon cher époux dans les charges décisionnelles qui incombent à notre titre. Quelle folie cela serait, de laisser un tel sieur sans manières commander !   -Caçari lo loups qui intra dins l'ostal, lui répondit Enguerrand en souriant.   Ingrid lui donna une petite pousse dans l'épaule.   -Vous savez très bien, mon cher, que je ne goûte vous entendre parler dans ce dialecte du fin fond de nos terres civilisées.   -Je ne le sais que trop bien, ma chère Ingrid. Tout comme je sais comment vous dirigez votre domaine, et moi-même, d'une main de fer. Et, si vous ne goûtez mon dialecte et ne me reconnaissez que peu de mérites, au moins y a-t-il un endroit dans lequel vous goûtez de ma personne.   Grande-tante glissa, malicieusement : « Ne serait-ce dans la chambre conjugaaale ? »   Le groupe gloussa.   Mathilde se tourna vers ma grande-tante : -En vous attendant, nous étions en train de converser à propos de... Un coup d’œil dans ma direction. -... savez-vous... Grande-tante me prit par le bras : -Ma petiiite Anne, veux-tu bien nous laisser discuter tranquillement ? Tu trouveraaas bien assez de divertissements à cette soirééé !   Saluant le groupe, je pris congés. Un valet, portant un plateau rempli de verres fins et allongés, se porta à mon encontre : -Une flûte de vin de Compagne, gente dame ? -Je vous remercie, mon brave, répondis-je en prenant un verre. Le liquide était jaune translucide, et semblait mousser sous l'effet d'une myriade de fines bulles remontant vers la surface. Le goût légèrement sucré était néanmoins caché par l'acidité piquante des bulles qui explosaient sur ma langue. Et je sentis après coup l'effet de l'alcool, qui accentua l'explosion de couleurs, dû à l’assemblage de robes et jaquettes multicolores des convives, qui dandinaient devant mes yeux.   Un murmure suffisamment fort émergea du brouhaha ambiant, sur ma droite. Tournant la tête, je vis une masse de convives entourant ce qui semblait être une table. Je m'approchais prudemment, mon verre à la main, esquivant des groupes de personnes qui jetaient de temps en temps de rapides coup d’œil dans ma direction. Tentant de trouver une brèche dans le mur de convive qui se tenait devant moi, je finis par trouver un petit espace en me glissant entre les froufrous d'une robe blanche et une jaquette mauve. La jaquette mauve se tourna vers moi et me laissa un peu de place, tandis qu'un nouveau murmure montait de la table : -Venez-vous voir cette partie endiablée, belle enfant ?   Une douzaine de personnes était assises autour d'une table, chacune avec un tas de jeton devant elle. Les tas étaient de tailles disparates, signe de fortunes, personnelles ou au jeu, diverses. Un grand et bel homme, vêtu d'une veste militaire brodée de quelques médailles, tira une carte de la pile devant lui. Un As de trèfle, qu'il plaça devant le joueur à sa gauche. Tout le monde, public comme joueurs, regarda les cartes face visibles sur la table, puis le joueur venant de recevoir sa carte mit un tas de jetons dessus. Je remarquais alors qu'en dehors du militaire, chacun avait une carte face visible avec un tas de jeton dessus, en dehors d'un joueur ayant trois cartes semi empilées, quatre de pique, de cœur et de trèfle, avec un tas de jeton trois fois plus gros dessus. Il ne restait plus que le miliaire sans carte. Jaquette mauve se pencha vers moi : -Pensez-vous que le banquier va quadrupler, belle enfant ? Le militaire posa la main sur le tas de carte, suspendant son geste. Il regarda les autres joueurs dans les yeux. La tension semblait palpable. Puis il jeta un coup d’œil au public. Et accrocha les miens. Son sourire s'élargit, et il me fit un clin d’œil. Jaquette mauve, qui semblait tressaillir d'impatience : -Je parierai bien dessus. Ce gentilhomme a une chance du démon depuis le début de la partie. Ne me quittant pas des yeux, le militaire tira la carte qu'il posa devant lui. Un « oh » général monta de l'assemblé autour de la table. Un des joueurs pesta. Quatre de carreaux. Celui que jaquette mauve venait d’appeler le banquier ramassa le tas de trois quartres qu'il empila sous son quatre. Il récupéra tous les tas de jeton présents sur les cartes présentes devant chaque autre joueur, et vint augmenter son propre tas de jetons déjà plus imposant que les autres. Puis il repris alors l'ensemble des cartes sur la table et se mit à mélanger. Un des autres joueurs en bout de table, le visage posé dans ses mains, avec un maigre tas de jeton devant lui, souffla que cela serait la dernière pour lui. Je me tournai vers jaquette mauve : -Mais, monsieur, qu'est-ce que tout ceci ? Jaquette mauve, un homme sec, avec une grande perruque blanche et la face toute poudrée, me regarda surpris et souriant. -Mais, belle enfant, serait-ce la première-fois que vous voyez le jeu du Lansquenet ? -Je... je suis nouvelle en ville, et vient d'un domaine où ce genre de soirée... comment dire... -N'existe pas. Je vois bien que vous ne semblez pas totalement vous fondre dans le paysage. Bien trop voyante, à ce que je peux maintenant voir, me fit-il avec un clin d’œil après m'avoir détaillé des pieds à la tête. « Ne vous en faite pas, gente dame, je pense savoir pourquoi vous vous trouvez à la capitale, et je pense que vous vous fondrez, avec le temps, dans la masse. En attendant, laissez-moi vous expliquer les règles du Lansque... On m'attrapa et me tira brusquement par l'épaule, m'éloignant de jaquette mauve et de la table. Me retournant, je fis fasse à mon agresseur. Mon agresseuse. Une grande femme châtain, fortement bâtie, habillée d'une robe en chouquette bleu azur qui tranchait elle aussi dans la masse des autres robes de la soirée, se trouvait, regard acéré, attitude agressive, devant moi. D'une voie glaciale suffisamment faible pour que cela reste entre nous, elle grinça : -Que faites-vous là ! -Je... je voulais regarder ce qu'il se jouait ici. -Ne joue pas à la minorée avec moi. J'étais là la première, ceci est chasse gardée ! -Je ne comprends pas. -Ze ne comprends pas, ze ne comprends pas. Ne joue pas à la petite fille craintive et apeurée, je t'ai vu te placer devant Monsieur le Duc pour te faire voir. Je sais que tu n'es qu'une courtisane pouilleuse qui cherche une proie à cette soirée. Avec toutes les vieilles momies qui nous entourent et te reluquent, tu n'as que l'embarras du choix. Mais pas touche au Duc, il est à moi. Elle se retourna brusquement et me laissa seule, pantoise, sans que je ne puisse rien rétorquer. Quelle horrible femme. Me prendre pour une simple courtisane. Comme si je n'étais là que pour ça. Reprenant mes esprit, je revins vers la table de jeu et jaquette mauve. -Ah, vous revoilà, belle enfant. Le jeu semblait avoir repris sur la table. -Voulez-vous que je vous explique les règles. Une courtisane ! -Vous seriez bien aimable, mon bon monsieur. Même si, levant de nouveau les yeux vers le bel homme, je la comprenais. Pourquoi ne pas lier l'utile à l'agréable ? Et... un titre de Duc... ce n'était pas chose courante, en ce royaume !   Pendant que Jaquette mauve m'expliquait des règles qui me sortaient directement de la tête, je ne lâchais pas le Duc des yeux, le voyant s'extraire de temps en temps de sa partie pour regarder le public, me trouver des yeux et me sourire.   -Même s'il n'a taillé que six fois sur cette manche, le banquier a bien réussi sa soirée. Et dire qu'il a gardé son rôle toute la partie! Jaquette mauve semblait extatique sur le jeu du beau militaire. La partie venait de se terminer, le coupeur dépité qui avait déclaré son dernier tour à la manche précédente ayant été pris le premier sur celle-ci. Tandis que les joueurs se levaient, des valets venaient récupérer les jetons sur la table et remettre des lettres d'intention et bons de paiements aux joueurs sortants, d'autres joueurs venaient prendre la relève, et le reste du public alentour papillonnait.   A travers le mur de convive, je vis le Duc me faire un clin d’œil et ce qu'il me semblait être un geste de le suivre. Tournant la tête, j’entraperçus le regard glaciale, pointé sur moi, de la chouquette bleu azur. Qu'elle aille au diable, me dis-je, en rentrant dans le mur de convive à la poursuite du Duc.

Chapitre 2 :
Grande-tante

de l'histoire
Le Grand Bal du Roi
par Wargen

— Un. cancer sur. Trois. est dû au. tabagisme. 80 à 90% des. cancers. du poumon. sont dus au. tabac. Le. saviez. vous ? Le cancer. de l’œsophage est. plus fréquent. en cas. d’association du tabac et de l’alcool. — Ça suffit, DOT. — La. B.P.C.O est. essentiellement due… Avec une force qui aurait pu lui briser le poignet, Angelica abattit lourdement son poing sur son bureau. — Je voudrais pas me mettre de son côté, mais il a raison sur un point, signalai-je. C’est interdit de fumer dans les locaux. Sans m’adresser un regard, Angelica tira une bouffée avant de ratatiner son mégot dans le cendrier posé entre la souris de son ordinateur et sa tasse de café. — Tu as une mine affreuse Bianca, jeta-t-elle sans avoir quitté le nez de son écran. Je fis claquer ma langue contre mon palais. — Vous avez ce que je vous ai demandé ? — DOT a même déjà dû te l’envoyer. — La. consommation de. tabac… — On t’a pas sonné, toi. Angelica éteignit promptement sa montre connectée et l’écran de son ordinateur se retrouva aussitôt assailli par des dizaines de boîtes de dialogue. Angelica était un des rares agents du D.E.M.O.N a être affilié à toutes les sections. Si sa spondylarthrite ankylosante en faisait un élément peu fiable sur le terrain, son pacte avec DOT, un démon de type virus informatique (qu’on ne me demande pas comment ce truc se nourrit), lui permettait d’accéder à toutes les données du Département, et plus encore, en un rien de temps. Une « feignasse » disait le vieux, sans doute parce qu’il ne digérait pas qu’elle soit si habile avec les nouvelles technologies alors qu’ils étaient issus de la même promotion, du temps des dinosaures. Aujourd’hui, c’était d’infos sur Sylvain dont j’avais besoin. Le démon avait voulu qu’il soit reconnaissable par ceux qui avaient pu le côtoyer. Mais pouvait-il deviner que je serai sur cette affaire ? La probabilité était faible, mais pas nulle, partagée avec celle de chercher à atteindre ses relations personnelles et celles au sein du D.E.M.O.N. Les autres agents ayant collaborés avec lui, ses camarades de promotions ou encore… son démon. Je me souvenais que c’était un Homme vert ; un démon de type Objet vivant qui se présente sous la forme d'un masque qui, lorsqu’il était porté par son contractant, lui conférait un contrôle sur la végétation et les oiseaux se trouvant dans un rayon de trois kilomètres. « Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain […] rien de ce qui lui appartient. » Pas de conjoncture hâtive. J’espérais aussi que l’historique de ses activités en ligne permette de savoir comment il avait pu attirer l’attention de ce fou dangereux et depuis quand. — Il me faudrait aussi des infos sur son activité au Département… Je veux dire… on aurait su s’il avait été porté disparu depuis… Mon téléphone vibra dans ma poche. Je m’empressai m’en saisir, mais mon excitation disparut dans un sentiment d’incrédulité lorsque je découvrir un message envoyé avec mon propre numéro :   D’après les caméras de surveillance, agent N. Sylvain, quittait le hall d’entrée à 18 h 33.   — DOT ! m’indignai-je. Il n’est pas censé aller dans d’autres appareils que les vôtres, Angelica ! Mon téléphone vibra à nouveau. Je crus à nouveau que, cette fois, ce serait Harry qui m’annoncerait que le corps de Sylvain était prêt à être animé mais c’était à nouveau mon numéro :   :)    

Chapitre 5 :
Point infos

de l'histoire
Cheshire
par Lyn
Démon Enquête Horreur

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