The Root Book

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Une plateforme d'écriture unique ?


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  • The Root Book 🌳

The Root Book facilite l'écriture collaborative

Tu veux écrire de la fiction à quatre mains, à six mains, ou même plus, facilement et sans avoir de co-auteurice ?

The Root Book est un site d'écriture collaborative unique, où n'importe qui peut participer à n'importe quelle histoire et à n'importe quel moment de l'histoire.

Quel que soit ton genre préféré - fantastique, romance, science-fiction - ta voix a sa place ici. Seule l'imagination est la limite !

La ramification des histoires

The Root Book fonctionne sur le principe d'une arborescence des chapitres : un seul prologue donne naissance à de nombreux chapitres 1, qui sont les débuts d'histoires Chaque chapitre peut avoir autant de suites que possible, et chacune de ces suites peut à son tour se diviser en de nombreuses histoires.


Image illustrant la ramification des chapitres
Image illustrant la ramification des chapitres

Il te suffit d'un pseudo et d'un email pour te mettre à écrire

Si tu as besoin d'améliorer ton écriture, tu peux relever les défis d'écriture et ainsi travailler, tout en voyant ce que les autres écrivains proposent.
Et si tu as une idée, tu peux créer ton propre défi à la suite du prologue, juste en cliquant sur la case "défi".

Beaucoup d'histoires par de nombreux auteurs

The Root Book est un site très dense, avec sa multitude d'histoires qui possèdent tous leur propre multivers. Pour t'aider à naviguer dans cet arbre géant, plusieurs outils sont à ta disposition.

L'arbre des histoires te permet de visualiser la structure de chaque histoire et de comprendre comment les différents chapitres s'articulent entre eux. C'est un excellent moyen de voir l'ensemble de l'histoire et de choisir où tu souhaites contribuer.

Notre système de tags te permet de trouver des histoires qui correspondent à tes centres d'intérêt. La page des tags. Sur chacun de tes chapitres, tu peux ajouter les tags que tu veux, même ceux que personne n'a encore utilisé !

Le Concept Unique de The Root Book

The Root Book, c'est une expérience littéraire unique que je t'invite à découvrir. Ici, la magie de l'écriture collaborative prend vie. Chaque histoire se transforme en un véritable cadavre exquis où chaque auteur apporte sa touche personnelle, pour une aventure littéraire sans pareil.

Chaque histoire possède son propre multivers !

The Root Book est porté par une association à but non lucratif, qui a pour mission de fournir un outil 100% gratuit et en ligne pour tous, afin que chacun puisse exprimer sa créativité.

Si tu es enseignant·e ou professeur et que tu souhaites utiliser notre plateforme pour ta classe, n'hésite pas à m'envoyer un message pour me poser toutes les questions. D'autres ont déjà passé le pas.

La Monnaie de l'Imagination : Les Points TRB (🌳)

Sur The Root Book, chaque action compte. Les points TRB, symbolisés par le petit arbre 🌳, sont une manière de récompenser ta participation active à la plateforme. Tu les gagnes en écrivant (que ce soit des chapitres ou des commentaires), en donnant et recevant des coups de pouce, en relevant des défis et même en faisant un don à l'association T.R.B.

Ces points ont de la valeur ! Ils peuvent te permettre d'afficher des liens vers tes réseaux sociaux, augmentant ainsi ta visibilité au-delà du site. Tu peux également proposer de nouvelles façons de les dépenser directement sur ton compte.

Nos Chiffres-Clés et des Tags

The Root Book, c'est une communauté dynamique et des histoires incroyables à découvrir.

510 auteur·rice·s inscrit·e·s
691 chapitres coécrits
870310 lectures

Voici les tags préférés sur la plateforme :
Collaboratif (203) Écriture (178) Début (147) Concours (127) Prologue (126)
(Si ton genre de prédilection ne s'y trouve pas, peut-être que tu devrais envisager de créer un compte pour remédier à ce problème !)

Si jamais tu es perdu, surtout n'hésite pas

Si tu as plus de questions, il existe une FAQ.

Si tu as des suggestions ou si tu rencontres des problèmes sur le site, n'hésite pas à me contacter. Je suis là pour t'aider et répondre aux demandes dans les plus brefs délais. Tu peux me contacter via le formulaire de contact.

Un site avec de fortes valeurs collaboratives

En tant qu'association, The Root Book est ouvert à de nombreuses possibilités de partenariat. Que tu sois une association, une entreprise, un blogueur ou un influenceur, nous sommes toujours ravis d'explorer de nouvelles collaborations.

Nous disposons d'un système de visibilité efficace qui peut aider à promouvoir ton travail ou ton organisation à travers notre plateforme et notre communauté d'auteurs passionnés.

Si tu es intéressé par un partenariat avec The Root Book, n'hésite pas à prendre contact via le formulaire de contact ou à l'adresse email suivante : information.the.root.book@gmail.com.


Les derniers Défis et Chapitres

Chapitre 2 : A l'origine

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- Papa, j’ai faim ! - Oui on va s’arrêter dans quelques minutes au point de vue de l’aigle noir. Tu vas voir c’est très beau.Mon père était de ceux que la nature émerveillait dans tous ses détails. Il était habité par cette idée que chaque élément qui la composait avait sa place y compris nous.Le point de vue était effectivement à couper le souffle. Mais, moi, j’avais fai…



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Chapitre 1 : Sève Ignée

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Défi : Les points sur les i

par R.Th
Début Écriture Collaboratif

Beaucoup d'histoires ici commencées restent malheureusement sans lendemain, ce qui chagrine un tantinet mon faible esprit qui abhorre les conclusions trop ouvertes.Et si, même si cela nécessite de sauter quelques chapitres, qui seront complétés par la suite, nous imaginions des fins pour ces histoires ? Une, deux, pourquoi pas trois afin que les autres puissent choisir la…



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Défi : Un poème par jour

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Je vous propose un petit défis, auquel je vais moi-même me soumettre ce mois-ci.L'idée, c'est d'écrire un poème par jour pendant un mois.La poésie est au final presque inexistante ici, alors que ça peut être très sympa à lire, et un exercice intéressant je trouve.Concernant les poèmes, il n'y a aucune règle. Que vous soyez un.e habitué.e de la poésie, ou que vous n'en aye…



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2 suites
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Défi : Vers le Silence

par R.Th
Début Écriture Collaboratif

Si un ou deux personnes sont intéressées, je cherche quelqu'un pour jouer au jeu “Vers le Silence” de Craig Duffy, éditions DidasKalie (Association). Dans la mesure où je ne décris pas tout,  je ne pense pas que ça posera des problèmes de droit, mais si vous pensez que oui, merci de supprimer la page et je trouverai un autre moyen de jouer. C'est un jeu de rôle épistolair…



1522 lectures
1 suite
4 ramifications




Quelques Chapitres à ne pas oublier

          Cette nuit-là, la lune était ronde et brillante dans le ciel nocturne dénué de nuages, mais son éclat était éclipsé par le rayonnement de l'arbre. Plus grand que les immeubles que son large tronc turquoise avait bousculé en se développant et que ses longues branches couvraient de leur ombre, les feuilles azurées au bout de celles-ci scintillaient constamment, illuminant la ville comme en plein jour. Ce n'est pas sans raison si la ville bourdonnait d'activité autant de jour que de nuit ces derniers temps. Il n'y a encore pas si longtemps, Séléna pouvait dormir paisiblement la nuit sans cet éclairage, certes magnifique, mais qui filtrait même à travers ses volets et rideaux, donnant à sa chambre un air mystérieux et irréaliste.           Appuyée au rebord de sa fenêtre, l'adolescente observait le titan feuillu qui fut soudain halé d'une jolie teinte mauve, le signe que quelqu'un avait jeté sa pièce et fait son vœu. La Fontaine, appelait-on dans cette région le bassin au pied de l'arbre. Ailleurs, il était parfois surnommé Puit ou Etang. Peu importe le nom, tous avaient cette étrange capacités à réaliser les vœux. Pas n'importe lesquels, bien sûr, mais assez pour que plus personne ne puisse en douter. Elle ne se détourna de cette vision qu'en entendant de faibles coups à sa porte. - Entre.           Son jumeau glissa la tête par la porte, ses lèvres s'étirant en un sourire presque bête tant il brillait de joie en la voyant, puis entra en refermant derrière lui. De son pas si léger qu'il ne faisait pas le moindre bruit malgré le parquet grinçant, il la rejoignit et s'arrêta près d'elle, ses yeux gris levés vers le feuillage de l'arbre. C'était bien le seul aspect physique qu'ils avaient en commun, leurs yeux. C'était toutefois suffisant pour comprendre qu'ils partageaient le même sang, bien que les gens se montrent toujours surpris en apprenant qu'ils étaient jumeaux. Ils pointaient toujours du doigt leur chevelure, celle de la sœur étant d'un noir d'encre tandis que le visage du frère était encadré de boucles dorées comme le soleil. D'où son prénom, Hélios, que leurs parents avaient trouvé aussi original qu'adapté.           Oui, ils aimaient la mythologie. - Tu vas me tuer, dit-il sans pour autant paraître coupable.           Il jeta un regard à sa sœur dont les yeux s'étaient dangereusement plissés. Était-il judicieux de continuer ? Se demanda-t-il. Il était trop tard de toute façon, elle ne le lâcherait pas tant qu'il ne se sera pas expliqué ou l'apprendrait de la bouche de quelqu'un d'autre. Décidant que tourner autour du pot le desservirait, il lâcha franchement : - Je suis allé faire un vœu.           Aucune réaction. Des sueurs froides lui coulèrent le long du dos. Il risqua un nouveau coup d'œil à sa jumelle et la trouva raide comme une statue, son visage s'empourprant à une telle vitesse qu'il commença à craindre pour sa santé. Il n'eut toutefois pas le temps de lui conseiller de se calmer et grimaça lorsqu'elle se mit à siffler de colère : - On s'était mis d'accord pour ne pas en faire ! Qu'est-ce qu'il t'a pris ? - Les garçons ont de bons arguments, se défendit-il avec un rire nerveux. Je me suis laissé tenter, désolé. Mais ce n'est pas comme si ça faisait du mal... - Dans quel monde tu peux faire un vœu et le voir exaucé gratuitement ?           Elle avait raison, et il le savait parfaitement. Depuis l'apparition des Fontaines, la population était divisée entre ceux qui n'hésitaient pas à profiter de ce miracle, et ceux qui s'en méfiaient, le pensant trop beau pour être vrai. Mais des mois avaient passé et personne n'était tombé raide mort ou n'avait perdu son âme. Aucune calamité n'avait frappé le monde et ceux dont le vœu a été exaucé n'ont pas perdu ce qu'ils avaient gagné. Tout cela prouvait, selon lui, qu'il n'y avait aucun danger. Il allait lui dire tout cela lorsque la Fontaine brilla d'un éclat nouveau, si intense qu'il attira leur regard à tous les deux.           Devenu éblouissant, le feuillage dansait et bruissait sous la caresse d'une brise inexistante. De bas en haut, le tronc se para de veines argentées pulsant de plus en plus rapidement, tel les battements de son cœur. Les fenêtres encore noires s'allumèrent les unes après les autres, les visages sortaient les uns après les autres afin de mieux observer l'étrange phénomène. Puis, un tremblement les fit tous vaciller.           Une drôle d'impatience s'empara d'Hélios qui se pencha également par la fenêtre alors que la joie faisait gonfler son cœur. Il ne savait pas pourquoi, ignorait ce qui allait se produire, mais au fond de lui, il était certain que cela ne pouvait qu'être incroyable. Glorieux. Au contraire, Selena prit deux pas de recul, les yeux écarquillés. Le sang battait contre ses tempes, brûlant et bruyant. Une telle réaction ne pouvait être bon signe mais demeurait moins inquiétante que celle de son frère. En voyant celui-ci presque plié sur le rebord de la fenêtre, elle commença à tendre la main pour l'attraper et le tirer en arrière. Avant de pouvoir l'atteindre, toutefois, la terre trembla si fort qu'elle tomba à genoux.           Hélios siffla de douleur en sentant le bois rentrer dans son abdomen mais refusa de détourner le regard, comme hypnotisé tandis qu'un murmure qu'il savait instinctivement réel venait caresser ses oreilles, susurrant des mots incompréhensibles mais d'une douceur semblable à du velours sur un ton aussi sucré que le miel. Un frisson parcourut son corps tout entier. - Hélios, écarte-toi de cette fenêtre !           A nouveau sur ses pieds, Selena s'agrippa au bras de son frère pour tenter de le tirer vers elle mais il était aussi inébranlable qu'une statue. Elle avait beau s'échiner et s'agiter, il ne bougeait pas d'un centimètre. - Tu ne l'entends pas ? Murmura-t-il d'une voix tremblante. - Entendre quoi ?           La lumière bleutée se rassemblait en un seul point, là où le tronc se fendait en deux avant de développer toutes ses branches. Concentrée en une seule sphère, elle en devenait aveuglante au point de forcer les jumeaux à fermer les yeux, comme si le soleil lui-même était descendu sur Terre. Puis, elle s'amenuisa peu à peu, dévoilant en son centre une silhouette encore indistincte. Collée à son frère subjugué, l'adolescente déglutit, figée d'angoisse.           Un corps apparu. Aussi grand qu'une maison et humanoïde. Sa peau était de la même nuance que les feuilles de l'arbre. Le couvrant telle une couverture, sa longue chevelure mauve brillait de mille étoiles. Et, lorsque la lumière eut totalement disparu, l'être inhumain ouvrit enfin ses trois yeux aux longs cils. Malgré la distance, il était facile de voir la sombre et profonde couleur violette des iris. Ils partirent tous les trois dans une direction différente. Balayant frénétiquement la ville, fouillant, cherchant, repérant. Et un large sourire dévoilant des dents parfaitement blanches étira lentement les lèvres de la créature.           Hélios laissa échapper un soupir d'admiration. La beauté de cette créature ne saurait être égalée et son sourire éclatant et chaleureux ne faisait que rehausser l'aspect divin qui découlait d'elle.           Selena se recroquevilla. Ses membres tremblaient de façon incontrôlable. Car ce rictus annonciateur de sombres promesses ne pouvait être que celui d'un démon. - Hélios...           La créature commença à se redresser, plus grande encore qu'elle ne semblait l'être au premier abord. Ses bras s'écartèrent de ses flancs, ses mains au longs doigts ouvertes comme pour accueillir quelqu'un. Sa bouche s'ouvrit  et sa poitrine se souleva. Un sifflement perça l'air et la créature fut jetée à terre. Le choc fit trembler la ville dans un horrible grondement et leva un nuage de poussière qui se répandit rapidement dans les rues, montant jusqu'aux derniers étages des immeubles, masquant toute la scène aux yeux des spectateurs. Cette fois, les jumeaux furent tous deux jetés au sol dans un cri de douleur. - Non...           Le blond fut le premier debout pour se jeter à la fenêtre. Il eut beau plisser les yeux, il était impossible de voir autre chose que des éclats de lumière et le feuillage. Selena le rejoignit en sifflant de douleur et en se tenant le bras droit sur lequel elle était mal tombée. Alors que la poussière retombait, elle entendait les cris, les klaxons et les alarmes retentir partout en ville. Au centre de tout ce chaos, sur les racines de l'arbre, la créature bleue gisait inerte, le regard vide sous le pied victorieux de son assassin. - Non !           Semblant à peine plus vieux qu'un garçon mais arborant le sourire d'un fou, il transperça la poitrine du corps d'une main, la tourna d'un quart de tour et la retira, tenant entre ses doigts une boule de lumière palpitante. Ouvrant largement la bouche, montrant des crocs dignes de la plus sanguinaire des bêtes, il y glissa son prix qu'il entoura de sa longue langue serpentine avant de l'avaler tout rond. Dans un sursaut accompagné d'un éclat de rire étranglé, il grandit subitement, brièvement halé d'une lueur bleutée tandis que l'arbre au-dessus de lui perdait son éclat, dépérissant à vue d'œil. Ses feuilles ternes tombaient, ses branches se brisaient et son tronc se fendait. Et pendant ce temps, le garçon riait une mélopée grinçante.  Trois fois, il frappa dans ses mains. Leur claquement sec retentit loin, bien au-delà de la ville sur laquelle le silence s'était abattu. - Selena !           Aux pieds d'Hélios avaient surgi des chaînes d'argent qui s'enroulèrent autour de ses jambes et de ses bras comme le feraient des serpents déterminés à le dévorer. Chacun de ses mouvements les faisaient tinter et se resserrer jusqu'à l'empêcher de se mouvoir d'un seul millimètre. Selena aurait aimé l'aider si ses pieds n'étaient pas englués dans une espèce de flaque sombre dans laquelle elle s'enfonçait seconde après seconde. Elle tendit un bras vers son frère, cherchant désespérément à l'atteindre, en vain. - Hélios !           Ses épaules, puis sa tête et enfin son bras disparurent sous son regard.

Chapitre 1 :
La Fontaine du chaos

de l'histoire
La Fontaine du chaos
par Athelard
Début Écriture Collaboratif

Je pourrais définir le studio comme étant “cosy” mais les couleurs vives me faisaient mal au crâne. Ches’ n'avait pas l'air d'apprécier non plus. Il  restait près de l'entrée toutes griffes sorties. La lourde porte s'était refermée à clé à l’instant où nous avons pénétré dans la pièce.Je remarquai un tas de DVD dans le coin du studio rectangulaire près de la télévision. Celui trouvé chez Sylvain avec la petite note devait provenir de cette même pile. C’était l’un des rares indices que nous avons réussi à obtenir dans l’appartement de Sylvain et il m’avait amené ici, dans l’unité “en cours d’apprivoisement” du D.E.M.O.N. Des studios étaient mis à disposition des inspecteurs et inspectrices en devenir afin de se familiariser avec leurs démons respectifs. Cependant, j’avais la curieuse impression que ce studio était loin d'être un lieu de séjour temporaire pour l’inspectrice en devenir face à moi. Elle était grande avec la peau sur les os; le rêve pour tous les créateurs de mode ravagés prônant l'extrême maigreur comme beauté universelle. Elle porta un arlequin à ses lèvres et me tendit la poche en guise de “bonjour”.Je ne résistai pas longtemps, ces petits bonbons ovales étaient mes préférés. Je la remercai et la vis me contourner pour s’accroupir devant mon démon. Un sourire s’étira sur le visage poilu de Ches’. “ Il n’en mangera pas, il préfère le sang.” Dis-je à l’intention de Carrie. Ches’ détourna la tête et se dirigea à pas de velours vers le canapé rose bonbon sur lequel il s’installa en boule. Elle avait retenu son attention quelque seconde ce qui m'intriguait. Cette fille avait un truc malsain en elle, assez tordu pour que mon démon s’y attarde. Je finissais mon bonbon en la dévisageant elle et son studio. Elle me détaillait de son côté également. Elle examina tout d’abord mes bottes noires, je pouvais comprendre sa jalousie, j’avais récemment investi beaucoup trop d’argent dans ce cuir italien. “C’est un investissement pour l’avenir’ m’avait dit la vendeuse. Elle aurait pu dire n’importe quoi, je serais repartie avec ses merveilles. Le reste de ma tenue était classique : un jean, un col roulé violet et une veste de tailleur noire, elle ne s’attarda donc pas longtemps dessus. Elle arriva sur mes yeux mais ne fut pas le moins du monde déstabilisée par mes iris. D'habitude, toute personne croisant mon regard, moi y compris, avait au minimum un mouvement de recul.Mes yeux verrons, l’un bleu et l’autre vert tirant de plus en plus sur le jaune, m’avaient valus plus d’un murmure au détour d’un couloir. Je ne relevai pas la plupart du temps. Au début, j’étais énervée contre tout le monde mais j’ai appris à contenir mes émotions pour éviter les “accidents”. Patrick de la compta se souvient sûrement encore du jour où mon démon lui a arraché une dent en plein milieu de son repas - il n'aurait pas dû tousser “ monstre” pour faire rigoler ses collègues au moment où je dépassais leurs tables au réfectoire du D.É.M.O.N- . Conséquences : il a appris qu’il ne fallait pas se moquer de ses collègues et moi, je mangeais depuis ce jour avec Harry à la morgue, lieu tout à fait approprié pour déjeuner.“ Tu n’es pas Carrie, n’est-ce pas?” lançai-je à la femme devant moi. – Non… Nous préférons cette configuration.” dut-elle en se désignant de haut en bas avec ses bras– Tu es son démon, n'est-ce pas? Mais où est elle ? On m’a affirmé que je trouverai Carrie  ici.– Oh, elle n’est jamais très loin malheureusement.” répond-t-elle en s'asseyant sur l’un des poufs et en ouvrant un paquet de chips.– Comment-ça? “– Son esprit est fort, elle n’abandonne pas facilement, voire jamais. Cela faisait des siècles que je n’avais pas rencontré une telle résistance. Crois-moi cette petite est une vraie plaie ! Elle ne t’aidera pas cependant. Elle sera déçue en te rencontrant, tu n’as vraiment rien de spécial. Elle ne te donnera aucune information qui pourrait t’être utile. Repars d’où tu viens ça vaut mieux.” Je compris une chose.“ Mais comment…– Ma petite tu ne penses pas que je vais tout te révéler, n'est-ce pas? Cela fait des mois que les scientifiques de cet établissement nous étudient comme des rats de laboratoire, je ne leur ferais pas ce plaisir, et elle non plus "- marmonna-t-elle. Les connexions se créèrent dans mon cerveau. Le démon de Carrie vivait en elle, mais c’était différent de Ches’ et moi, elles étaient une seule et même entité.“Tu es elle.”Elle se mua dans un silence de plomb. “Je dois parler à Carrie. - Je marquai une pause -  S’il te plait?” Le démon rigola et laissa tomber sa tête sur le pouf violet. “Tu es tellement naïve, tu crois qu’il suffit de demander gentiment pour obtenir ce que tu veux? “Je souriais lentement et mon regard s’assombrit. Je sentis Ches’ sortir ses griffes tout en restant lové sur le canapé.“ Avez-vous déjà eu l’occasion de calculer le temps de réaction des scientifiques?” demandai-je.- Le temps de réaction? sa voix se fut plus grave, elle sentait le dangers mais ne comprenait pas d'où il provenait, petit niveau donc. -Le couloir mesure environ 20 m de long, les scientifiques nous observant se situent au bout de ce couloir, la vitesse de réaction d’un cerveau humain moyen est de 2 secondes environs, les blouses blanches de cette unitée ne sont pas très friands d’activitées sportives, ils devraient donc avoir une VMA d’environ… 11, mises bout à bout, ces informations nous donnent le laps de temps que j’ai à ma disposition pour te tuer. Je t'épargne le calcule au vu de ton manque cruel d’intelligence, disons… environ 44,5 secondes. “Elle réagit en moins de 2 secondes. Elle se leva et courra vers la porte. Mon démon, soudain réveillé et heureux de se dégourdir les pattes s’élança et la cloua au sol en grognant. La bave coula sur le visage de la jeune femme-démon. J’observais la scène, les bras croisés. Elle attrapa le pelage de Ches’ pour essayer de se dégager de son emprise. 15 secondes.Grossière erreur. Elle hurla de douleur et ses doigts ensanglantés retombèrent de part et d’autre de son corps, soudain pris de convulsion. Les crocs de mon démon se rapprochèrent dangereusement de son cou. 20 secondes“ Je te laisse 5 secondes pour faire revenir Carrie - chuchotai-je à son oreille en m’accroupissant près d’elle - et pour ton information je suis loin d’être naïve, je sais comment demander  “gentiment”.”28 secondes.Elle ferma les yeux pour toute réponse. Quand je vis de nouveaux ses pupilles, quelques instants plus tard,  j’y lu de la peur et de la douleur. Carrie, donc.“Bonjour Carrie, je m’appelle Alice et je te présente mon démon le Chat du Cheshire.” – Salut. Je sais que je suis à croquer mais tu pourrais dire à ta bestiole de descendre de ma cage thoracique ?”Elle parla avec dédain et je l'admirais soudainement pour son sang froid. Nous avions plus de points communs que je l’aurais cru.45 secondes. Les scientifiques qui venaient d’ouvrir la porte, tous essoufflés, nous dévisagèrent avant de rebrousser chemin au moment où je fis signe à Ches’ de la laisser et tendis une main à Carrie pour l’aider à se relever. “ Tu es plus petite en vrai”. Dit Carry. Je vois que tu as eu la chance de t’amuser avec mon démon. Elle regarda ses mains rouge. Je notais deux choses, la première était que le démon avait raison, de toute évidence Carrie était déçue de me voie, la seconde, elle ne se souvenait pas de ce qu’il s’était passé car personnellement, je n’aurais pas qualifié ça “d’amusement”. Elle partit en direction de la petite cuisine pour laver le sang qui commençait à coaguler sur ses mains. Sa vitesse de guérison est impressionnante. Elle ouvrit l’un des placards remplis d’une multitude de victuailles et croqua dans une barre chocolatée. “Qu’eche que tu me veux?” demanda-t-elle la bouche pleine. – Nous avons trouvé un DVD dans l’appartement de Sylvain avec une note, la tienne de toute évidence, je me suis dit que tu pourrais me parler un peu de votre relation, vous étiez proche non? Tu peux peut-être me renseigner sur ses habitudes, sur …– Demande-lui direche’tement, pourquoi venir ici ?– J’ai bien essayé mais son esprit a trop été amoché et la séance de nécromancie n'a pas donné grand chose, du coup…– Attends, t’as dis quoi là ?! – Que ça avait foiré, on l’a réveillé mais il ne nous a pas dit grand-chose… dis-je en prenant mon mal en patience.– Tu l’as réveillé mais … Pour faire de la nécromancie, il faut un cadavre ! “Elle me postillonna des bouts de chocolat à la figure. Je m'essuyai d’un doigt.“ Bien sûr qu’il faut un cadavre pour faire une séance de nécromancie, t’as trois neurones qui se battent en duel dans…– Sylvain est mort?”Elle prononça cette question si bas que je me demandai si elle m’était ou non adressée. Elle ne savait pas. Je percutai, elle n’était pas au courant de la mort de son ami. C’est moi qui n’avais que 3 neurones. Je venais d'annoncer la mort d’un proche de la pire des manières. Je me dégoutais. “Je suis désolée Carrie, je pensais qu’ils te l’auraient dit…”Elle ne s’autorisa aucune larme, qui perlait pourtant aux coins de ses yeux. Elle se redressa et me regarda droit dans les yeux avec une conviction qui me fit presque flancher . “ Dis-moi ce que je peux faire pour aider. Mais avant j’ai une condition, s'empressa-t-elle d’ajouter. – Je t’écoute. – Je veux être au première loge de l'exécution du coupable.”

Chapitre 13 :
Elle est à croquer

de l'histoire
Cheshire
par chlo_M_Molina
Démon Enquête Horreur

Dzing ! Dzioïng ! Ting, ting, ting, dzing ! Quelques pas en arrière. Puis en avant. Ting, ting, dziiing, ting. Mon adversaire recula à son tour, afin de se remettre en garde. Je laissai s'écouler quelques secondes de répit, malgré nos corps bougeant sans cesse de sorte à transférer le poids du corps d'une jambe à l'autre, puis repartis d'une fente, les deux jambes opérants dans un même mouvement avançant. Dzioïng ! Mon fer s'enroula autour du sien et la pointe de ma lame vint percuter la garde de son arme. Mon coup ayant échoué, j'effectuai un retour en garde, revenant d'un bond en arrière pour me mettre hors de portée d'une éventuelle contre-attaque, l'allonge de son bras armé étant supérieur au mien du fait de sa plus grande taille. Michon me regardait fixement en attendant. Il savait que j'étais plus fine bretteuse que lui, mais avait un orgueil qui ne le laissait pas se démonter et être toujours sur la défensive. Je me mis en octave, tenant mon arme en supination, la paume vers le sol, et prête à parer une attaque sur la partie basse de mon corps. De son côté, mon grand et puissant adversaire, qui se tenait en seconde, tenant son arme en pronation, paume vers le haut et pointe de l'arme plus basse que sa main, passa en septime, la même position, mais avec la paume vers le sol. Je sentais venir son attaque, qui partit effectivement lorsque le poids de son corps bascula sur sa jambe gauche avancée. Ting ! D'un mouvement de fer, je fis une parade en décalant sa lame sur sa droite, effectuai un pas chassé sur ma propre droite et lançai une contre-attaque sur son flanc. Qu'il esquiva en effectuant un pas chassé du bon côté. Nous tournâmes l'un autour de l'autre. Je sentais qu'il avait compris que je l'avais tourné dos à un mur de la cour où nous combattions, et il voulait s'en dégager. A l'aide de plusieurs attaques sans volonté de touché, je l'obligeai à se remettre dans la position qui m'intéressait. Comprenant que je ne le lâcherais pas, il arrêta d'essayer de se dégager de sa ligne. Il fit un bond en avant et tenta une banderole que j'esquivai d'un bond arrière. Sentant mes appuis meilleurs que les siens, je repartis immédiatement en avant, par petites attaques qu'il paradait aisément, le faisant reculer petit à petit. Il imprima un fouetté efficace, le mouvement sec de son poignet imprimant une belle ondulation à sa lame, et en profita pour effectuer un battement violent, venant percuter ma lame sans objectif autre que celui-ci. La propagation de l'onde de choc dans ma lame, mon poignet, mon avant-bras, mon bras puis mon épaule stoppa momentanément ma marche en avant. Après quelques secondes de garde commune, et ayant repris mes esprits, je lançai une nouvelle attaque. Chemin faisant, le talon de son pied droit, extrémité de sa jambe arrière, vint toucher le mur. Se sachant acculé, je savais qu'il allait devoir passer à l'offensive. Il tenta une première attaque peu convaincante que je paradais facilement. Voyant ses mouvements de basculement sur ses jambes s'accélérer, je savais que l'attaque suivante serait plus travaillée. Au moment où je sentais qu'il se lançait, j'effectuai un appel en frappant le sol de mon pied gauche avancé. Cela le perturba un centième de seconde, que j'exploitai pour pivoter sur ma gauche, le laissant attaquer dans le vide. La pointe de ma lame vint se poser sur son pied droit qui s'était avancé lors de son attaque. -Touché ! Je regardai Michon en souriant. Son visage ne cilla pas, semblant même tirer encore plus vers une sorte de colère froide. Cela faisait 3 touches à 0 depuis au moins une demi-heure que nous combattions. Nous n'étions plus aussi vifs qu'au début. Les changements d'appuis, les basculements du poids du corps, les passes avant et arrière, les bonds, tout était plus lent, moins fluide, et nos muscles commençaient à tirer fortement. Néanmoins, je sentais que la situation lui déplaisait, qu'il n'acceptait pas sa déroute et était prêt à continuer jusqu'à toucher au moins une fois. Il expira fortement du nez, se dégagea du mur de quelques pas chassés, et se remit en garde. Consciente qu'il ne lâcherait pas, je me remis en garde en face de lui.     Il attaqua directement avec un fort battement. Le choc se répercuta violemment dans la partie de mon corps tenant l'arme. Je sentais qu'il se bornerait à cela. J'effectuai un une-deux, mais il ne retomba pas dans la feinte qui lui avait valu son premier touché. Il s'avança et je reculai immédiatement. Je tentai une nouvelle fente, qu'il parada. Sa riposte immédiate sur ma lame se répercuta encore plus violemment dans l'ensemble de mon corps. Je grimaçai, et vis que cela le fit sourire. Il en profita pour réaliser un nouveau battement, qui fonctionna à merveille, mon épée m'échappant des mains. Il s'avança alors, lame pointée sur mon cœur. Je reculai devant lui. Il ramassa mon arme, et continua d'avancer, jusqu'à ce que mon dos ne soit bloqué par le mur de la cour. -Gagné ! Ce n'était pas loyal, ni très académique, mais je dus reconnaître sa victoire. -J'accepte la défaite. Il baissa la pointe de son arme, attrapa le fer des deux armes dans sa main droite et se rapprocha encore plus de moi, les yeux accrochés aux miens. Je savais que cette maigre victoire ne le contentait pas. Je savais que ce qu'il voulait, au final, c'était moi. Je le sentais s'imaginer me prendre violemment contre le mur de la cour de l'hôtel de ma Grande-tante et mettre fin à des années de souffrance intérieure. Mais je savais que mon statut de noble, par rapport à son statut de simple palefrenier, me garantissait une protection invisible que mon frêle corps ne pourrait jamais apporter face au sien puissamment bâti. Par dessus son épaule gauche, je vis ma grande-tante me faire des signes par une fenêtre. Je posai ma main droite sur son buste et lui glissai sensuellement : -Je ne sais comment te remercier pour l’entraînement, Michon. Un petit frisson parcouru son corps. Il fit une légère courbette et me répondit : -Tout le plaisir était pour moi, mademoiselle. Et pensez à vous étirer les muscles pour éviter les courbatures. Puis il me tourna le dos et partit ranger les armes.   Je quittai la cour de l'hôtel et entrai dans le bâtiment par la porte principale au moment où ma grande-tante descendait le grand escalier. -Mon enfaaant ! Mais que faisais-tu donc à guerroyer dans la cour comme une sauvaaage ? Ses paroles se répercutèrent dans le grand hall. -Je m’entraîne pour l'escrime, grande-tante. Savoir me protéger me rassure. Surtout avec ce qui m'est arrivée hier soir. -Mais ma chèèère, tu n'y penses donc pas ! La pratique de l'escrime est dangereuuuse ! Ce n'est pas pour les femmes, et encore moins pour les jeunes et nobles dames, voyooons ! -Mais j'avais l'habitude de pratiquer en Soulogne... -Tu n'es plus en Soulogne, mon enfant, combien de fois devrais-je te le diiire ! -Mais, grande-tante... je pratique même moins qu'Anne... Elle s'approcha vivement de moi, m’attrapant par le col et me chuchota, d'une manière courroucée : -Mon enfant, je te rappelle que tu ES Anne de Pont-Sainte-Croix lors de ton séjour ici. Personne ne doit connaître la vérité, autre que tes gens et moi-même. Elle jeta un coup d'œil furtif autour d'elle. -Aucun de mes gens n'est au courant. J'espère que ta délégation est bien au fait de la chose ! -Oui, je leur ai promis une prime s'ils gardent leur langue. -Hum... un peu de menace ne serait pas du luxe. -Ne vous en faite pas, grande-tante, An... je m'en suis chargée avant que nous ne partions. Grande-tante se détendit, me relâche, et repris, plus fort : -Bien. Même concernant ce Miiichon ? Il ne m'inspire guère confiaaance. Une de mes nouvelles bonnes, d'une beauté indéniable, a tenté de le charmer hier soiiir, et s'est retrouvée face à une pierre tombaaale... Or, je ne vois pas quel homme pourrait lui résisteeer. Ce Michon est-il fait d'un cœur de pieeerre ? -Il est particulier, mais je sais le gérer. Je me porte garante pour lui. -Bien. J'ai invité un ami à manger ce midiii, et tu es conviée au repaaas. Va te laver, te préparer et te chaaanger, il faut que tu sois présentaaable. Elle pointa mes vêtements simples mis spécialement pour l'escrime avec une grimace de dégoût. -Je t'adjoins pour cela ma bonne chaaarmeuse, qui est rentrée d'un voyage de chez sa famille hier. Tu ne la connais paaas, mais je sais que vous allez bien vous enteeendre. Et pour l'escrime, je t'autorise à pratiquer, mais en restant discrèèète. Je ne veux pas que les gens saaachent que j'héberge une Amazone sauvageonne sous mon toooiiit ! Elle me quitta avec un regard amusé et un grand sourire.     J'entrai dans la salle d'eau et constatai qu'elle était vide. Je me rendis derrière le paravent pour enlever ma veste, mon pantalon de chanvre et tout le reste. J'enjambai alors, nue, le rebord de la grande bassine en eau trônant au milieu de la pièce, quand un petit cri retentit. Tournant la tête dans sa direction, je vis une jeune servante dans l’entrebâillement d'une porte secondaire, la main devant la bouche, les yeux fixés sur mon corps nu. Ce devait-être la bonne dont ma grande-tante avait fait mention. Sa beauté était effectivement flagrante, avec son visage poupin lisse garnis de deux beaux yeux bleus, d'un nez fin et d'une bouche charnue, ses cheveux roux flamboyants dépassant de son bonnet blanc, ses formes légèrement arrondies et sa poitrine plutôt volumineuse à peines cachés par sa robe orangée cachant ses souliers. Je lui souris et rentrai entièrement dans la baignoire d'eau tiède. -Madame... dit-elle en avançant vers moi. -Mademoiselle ! Elle s'arrêta et rougit. -Mademoiselle, vous ne pensez donc pas ! Elle reprit sa marche vers moi. -Vous ne pouvez pas vous laver... nue ! Je m'immergeai complètement, plongeant la tête dans l'eau tiède et la ressortant. L'eau ruisselant sur ma nuque et mes épaules me fit un bien fou. -Et pourquoi donc, belle jeune fille ? -Mais... mais cela ne se fait pas ! Je savais que ma grande-tante avait des mœurs différentes de l'usage de la ville concernant la toilette, et préconisait l'usage de l'eau tant vilipendée quand les autres nobles se bornaient à une toilette sèche. Mais je voyais là qu'il y avait encore des différences entre chez ma grande-tante et la campagne. -Comment t'appelles-tu ? -Soizic, pour vous servir, mademoiselle. -Soizic ? Ton prénom te trahit : je suppose que tu viens de la province de Breitzh. -Mademoiselle a raison. -Soizic, je t'autorise à m’appeler Anne, plutôt que de me donner du Mademoiselle. -Bien Made... Anne. -Et donc, si tu viens de la province de Breitzh, que fais-tu ici ? -J'ai suivis mon ancien maître à la capitale à mes 16 ans. Il est mort après 2 ans loin de sa côte natale. La capitale ne lui a pas réussi. Et j'ai eue la chance de rentrer au service de Madame dans la foulée, il y a 3 mois. -Tu es encore bien jeune alors ! Assez pour ne pas être remplie de manies et de certitudes qui n'ont pas lieues d'être. Te lavais-tu, quand tu étais encore dans ta famille ? -Ou... oui. -Et comment faisais-tu ? -J'allais à la rivière. -Comme moi en Soulogne. Et étais-tu vêtue lorsque tu te lavais à la rivière ? -No...non. Son visage s'empourpra. -Voilà. Je te rassure, moi non plus en Soulogne. Ainsi qu'ici aussi, donc. Après l'escrime, il faut que je me lave entièrement de mes efforts et que je frotte activement mes muscles endoloris. Et rien de mieux, pour cela, que le faire dans l'eau. Et nue. Elle me regarda en souriant, signe d'assentiment. -Tu peux venir m'aider et me frottant le dos, par exemple. Je la vis hésiter. -Mais si tu as vraiment peur que quelqu'un ne nous surprenne ainsi, tu peux aller fermer les portes à clefs... Ce devait être cela, puisqu'elle se précipita pour mettre en pratique mes dires. J'en profitai pour attraper une serviette qui traînait au pied de la bassine, la plonger dans l'eau, et me la passer sur les bras et les jambes. -Attendez, A... Anne. Laissez moi faire. Soizic, qui était revenu vers la bassine, me prit la serviette des mains, et se mit à me frotter le dos et la nuque. Je la laissais faire, fermant les yeux et profitant de ces mouvements apaisants. -N'hésite pas à frotter fermement les bras, les épaules et les jambes. Elle passa de la nuque aux épaules. -Je... je vous ai vu combattre, tout à l'heure, dans la cour. -Est-ce moi que tu espionnais, ou ce beau Michon ? Sentant ses mouvements s'arrêter, je me tournai vers elle, pour la voir gênée. -Allons, Soizic, ce n'est pas la peine d'être gênée. Michon est un très bel homme qui fait tourner bien des têtes en Soulogne. Elle reprit ses frottements. -J'ai voulu le charmer hier soir. Et... et il m'a envoyée paître. Une certaine déception traînait dans sa voie. Elle ne devait pas avoir l'habitude d'avoir ce genre de retour. -Ne t'en fais pas, belle enfant, ce n'est pas contre toi qu'il en a. Michon est un garçon particulier. Mais je pense que tu peux arriver à tes fins. -Vous... vous êtes sûre ? -Vois-tu, je pense que ce jeune homme n'a jamais connu de femme. Et il est malheureusement épris d'une femme en particulier, qu'il veut pour s'instruire aux choses de l'amour. -Oh ! Soizic mit sa main devant sa bouche. -Mais ne t'en fais pas, je pense qu'en t'y prenant bien, tu arriveras à le faire changer d'avis. Tu as ce qu'il faut pour. Soizic sourit. -Il ne faut pas que tu lui fasses ouvertement des propos coquins. Passe du temps avec lui, intéresse toi à lui, d'où il vient, ce qu'il aime. Reste souvent avec lui, sans être provocante, mais tout en étant suffisamment apprêtée pour faire monter le désir en lui. Et attend de récolter les fruits.     Une fois le corps décrassé et les muscles détendus, je sortis de la bassine. Soizic me sécha, m'apporta la robe de la veille qu'elle m'aida à enfiler, et m'assista dans la réalisation de ma coiffure et de mon léger maquillage, qui prit en compte de cacher le bleu à la tempe résultant du coup porté à ma tête la nuit dernière. -Vous êtes très belle, Anne. -Merci Soizic. Toi aussi. Je lui fis une petite bise sur la joue, qui rougit dans la foulée.   J'entrai dans la salle à manger en même temps qu'une vieille servante venant déposer une assiette de soupe à ma place. Ma grande-tante se leva pour m’accueillir : -Aaaanne, mon enfant ! J'ai l'immeeense honneur de te présenter mon cher ami Bronsaaard ! Un petit homme trapu, joufflu, au crâne dégarni mais élégamment vêtu se leva : -Ma très chère Anne, je suis en grande joie de faire votre connaissance. Mais ne prenez pas la peine de faire comme votre très aimable grande-tante, et appelez-moi par mon prénom : Henri. Et je tiens à préciser que votre beauté est conforme à ce que l'on m'en avait dit ! Se faisant, il se tourna vers ma grande-tante pour lui adresser un sourire qu'elle lui rendit immédiatement. Nous nous installâmes à table, chacun devant son assiette de soupe aux légumes. J'attrapai ma cuillère en argent et commençai à me sustenter, les efforts de la matinée et les aventures nocturnes m'ayant ouvert l'appétit. En face de moi, Henri Bronsard fit de même, avalant ses cuillerées dans de grands bruits d'aspiration. -Je disais à Monsieur Bronsaaard, avant que tu ne nous rejoignes, que je t'avais espionné la nuit dernièèère chez notre amie Madame de Drouot. Tu n'es pas passée inaperçue dans la foooule ! -Et comment aurait-elle pu l'être, étant donné la créature rêvée qui se tient devant moi ! J'estimai que cette gratification de Monsieur Bronsard était forcée. J’avalai une nouvelle cuillère de soupe. -Maaaiiis, repris ma grande-tante, je t'ai également espionnée lors des daaanses. Et de ce côté lààà, il y a des progrès à faaaire ! Tu as un beau port de buuuste, mais il faut que tu sois plus dynamique dans tes mouvemeeents, et moins attentive à ceux de ton cavalieeer. Henri posa sa main sur celle de ma grande-tante. -Et vous pouvez faire confiance à Marguerite et ses conseils avisés en danse, je n'ai jamais eu l'occasion de danser avec une cavalière aussi aguerrie ! Grande-tante rougit à cette remarque. Elle prit une cuillère de soupe pour retrouver le contrôle. -Et sachez qu'avec l'année de festivités à venir, l'occasion de danser ne manquera pas. J'espère pour vous que vous saurez vous montrer dans vos meilleurs atours et avec vos meilleurs atouts lors du Grand Bal du Roi ! -Et à ce propooos, il faut que tu saches danser les dernières danses à la mode, dont le menueeet. Je suppose que tu ne sais le danseeer ? Je dus bien admettre que non. -Ne t'en fais pas, ma chèèère, ta grande-tante chérie a tout prééévu. Un des meeeilleurs professeurs de danse que je connaisse viendra te formeeer. Et tu commences tes leçons pas plus tard qu'après le repaaas ! Je savais que Marguerite avait toujours un coup d'avance, et qu'il ne me serait pas judicieux d'aller à son encontre tant que je ne maîtrisais pas les us et coutumes de la capitale et de la cour royale. De plus, il fallait bien reconnaître que ces cours ne seraient pas superflus. -Je vous remercie grandement pour ce présent ! Je me levai, contournai la table, vins lui poser une bise sur la joue, puis retournai m'asseoir.   Une fois les assiettes de soupe terminées, la vieille servante apporta un pichet de vin et revint servir trois assiettes comprenant des découpes de volaille et une salade assaisonnée. Je me tournai vers Monsieur Bronsard : -Dites-moi donc, Henri, dans quel contexte avez-vous fait la connaissance de ma grande-tante ? -Je pense, chère Anne, que vous avez dû vous rendre compte que je ne proviens pas d'une famille issue de la vénérable noblesse de notre royaume. Je suis un bourgeois qui a fait fortune dans le commerce maritime. Principalement avec les Gêmois, chez qui j'ai pu glaner cet excellent Quanti que nous allons boire avec la poularde, et avec l'empire Turcoïde, ce qui me permet de pouvoir proposer à la capitale des mets et objets venant de très loin en orient. J'essaye, avec un bien grand mal, de tisser des liens commerciaux avec la Vécinie, mais le contexte politique n'est pas favorable du fait de leurs guerres constantes avec l'empire Turcoïde. -Tout ça semble si loooin ! -Que ne le vous dîtes pas, chère Marguerite ! Les transports ne sont malheureusement pas sûrs, à tel point que j'en ai perdu tous mes cheveux ! Nous gloussâmes toutes deux. -Mais je vous en prie, goûtez cette poularde et ce bon vin que je vous propose à mon plus grand plaisir. Nous mangeâmes tous trois en silence, savourant chaque bouchée de cette viande blanche cuite à point et chaque gorgée de ce vin rouge léger et fruité.   Le fromage fut servis dans la foulée, et nous passâmes au petit salon.     Pendant que Marguerite s'absentait quelque temps, nous nous retrouvâmes Henri et moi assis autour de la table basse située dans un coin du petit salon. -Savez-vous, ma chère Anne, que je n'ai jamais vu personne aussi belle que vous ? La flatterie de mon interlocuteur était flagorneuse, mais je me demandai toutefois s'il n'y avait pas également un sous-entendu qui ne me plaisait guère. Je décidai donc de changer de sujet de conversation : -Je vous remercie grandement, Henri. Une question me taraude : par où faites vous accoster vos navires marchand, du fait de votre commerce avec les Gémois et les Turcoïdes ? De la lointaine Massalia ? -Oui, belle enfant. J'ai eu l'opportunité de lier des contacts dans la cité du fait de la famille de ma femme décédée, ce qui m'a permit de lancer et faire tourner ce commerce florissant. Le transport des marchandises se fait ensuite de manière terrestre entre Massalia et la capitale. -Mais... gérez-vous également cette partie là ? -Oui. La force de mon entreprise vient du fait que je gère totalement le transport des marchandises depuis les ports Gémois et Turcoïdes jusqu'à la capitale, via mes cinq navires de commerce et mes caravanes terrestres. J'essayai de gagner du temps : -Passionnant. Mais cela doit être dangereux ! -Effectivement, les risques de piratages et de brigandage existent. Mais j'ai su m'adjoindre, moyennant finance, la protection de troupes de gentilshommes de fortune qui s'avèrent très efficaces. Et me faire connaître dans tous les ports où nous intervenons. Marguerite entra dans le petit salon, suivie de la vieille servante portant un plateau contenant trois petites tasses fumantes, trois verres d'eau et des petits gâteaux secs. Elle s'assit à sa place et plaça une tasse, contenant un liquide noirâtre fumant, un verre d'eau et un petit gâteau devant chaque convive. Circonspecte, je regardai le liquide noir devant moi, d'où se dégageait une odeur intense : -Mais... qu'est-ce donc que ceci ? Les deux autres me regardèrent en souriant. -Ma chère Anne, ceci est du café, une boisson aux nombreuses vertus bénéfiques pour la santé. Elle provient de l'empire Turcoïde, et est une de mes principales demandes de la part de la noblesse et de la cour royale qui l'a adopté très rapidement. Je me permets de vous en faire profiter, et je suis sûr que, de la même manière que votre grande-tante, vous l'adopterez rapidement. -C'est excellent pour la digestiooon, les maux d'estomacs, et cela permet de veiller longtemps et de garder l'esprit claaair ! Je plongeai mes yeux dans le noir intense et fumant de la tasse. -Il vous faut le boire d'une traite, puis boire une gorgée d'eau pour vous laver la bouche et faire légèrement passer le goût prononcé. Vous pouvez également manger un petit gâteau sec pour cela. Les imitant, j'avalai le café d'un mouvement sec. Une sensation chaude et intense traversa mon œsophage, tandis qu'un goût prononcé s’imprégna dans mon palais, mes gencives et mes dents. Je ressentis également une décharge foudroyante, comme si je me réveillai d'un bon après un cauchemar dans une nuit mouvementée. Je pris une gorgée d'eau, réalisai un bain de bouche et avalai l'eau qui s'était imprégnée du goût du café. Je croquai alors dans un petit gâteau sec. -Alooors ? -C'est très bon. Mais très fort ! Ils rigolèrent tous les deux. -Ma chèèère enfant, il va maintenant falloir nous laisser discuter de choses personneeelles. Elle gloussa, et repris : -Ton professeur de danse ne devrait pas taaarder à arriver. J'ai demandé à Soizic de t'aider à te prépareeer. Tu iras prendre les cours dans le grand salon que j'ai fait préparer pour celaaa.   Je les quittai et refermai la porte sur des messes basses. Soizic me rejoignit dans ma chambre pour m'aider à enfiler une robe légèrement bouffante mais à corset très serré, que ma grande-tante voulait que j'essaye. Je lui demandai : -Je ne comprends pas ce que ce monsieur Bronsard fait ici. -Madame votre grande-tante est une personne très convoitée depuis qu'elle est veuve. Outre sa personne encore désirable pour son âge, ses titres de noblesse posthumes attirent un grand nombre de prétendants, nobles comme bourgeois. Monsieur Bronsard n'est qu'un parmi d'autres. -Mais... Grande-tante a 65 ans. Je ne sais l'âge de Monsieur Bronsard, mais je lui en donne une quarantaine. -Il a 42 ans. Mais sachez, Anne, que l'âge n'a peu d'importances dans ce genre de considérations. De plus, votre grande-tante sait pleinement profiter de cette situation. Tant sur l'aspect économique que... d'autres, si jamais vous voyez ce que je veux dire.   Une fois apprêtée, je me rendis au salon. La pièce avait été débarrassée de tout objet pouvant gêner pour la pratique de la danse. Des portraits de membres de notre famille ornaient les quatre murs de la pièce. Mon regard s'arrêta, nostalgique, sur le tableau plutôt réussi de feu mon père. Le bruit de la porte principale s'ouvrant dans mon dos me tira de mes rêveries. -Je ne peux que reconnaître que vous êtes pleine de grâce, mademoiselle ! Cette voix ! Je me tournai pour faire face à mon professeur. -Vous ! Le duc... le sieur Bono, en face de moi, me répondit d'un clin d’œil désarmant.

Chapitre 4 :
Leçons

de l'histoire
Le Grand Bal du Roi
par Wargen

J'assistai Harry dans la tâche. Ce n’était pas une mince à faire. Le corps s’était éteint depuis deux jours, la séance allait être intense pour chacun d’entre nous, même si je ne suis là qu’en soutien. Harry s’occupera du réveil dans sa globalité mettant Eva à contribution. Le démon de Harry était une tentatrice, elle pouvait influencer les gens avec sa voix. Elle était littéralement le démon sur l'épaule des gens.    “En gros c’est une sirène”  avais-je avancé à Harry quand il me l’avait présenté. Spoiler Alerte, ça n’avait pas du tout plu à Evangéline qui m’avait giflée. Je ne voyais pas pourquoi elle s’était mise en colère, mais après réflexion, c’était peut-être parce que j'avais mentionné le fait que les sirènes étaient mi-humaines, mi-thon. Ma blague n’avait fait rire que mon démon. Depuis nous ne pouvions pas dire que nous étions les meilleures amies du monde mais on se tolérait quand on n'avait pas le choix.   Et aujourd’hui, c'était justement un de ces jours où nous devions collaborer pour les bienfaits de l'enquête. La femme brune, aux jambes fines et mesurant des kilomtètres se tenait à la droite de Harry. Ils discutaient à voix basse sans que je puisse capter leur conversation. Certains inspecteurs des autres départements propageaient des rumeurs sur Harry et Eva (  le département occultisme principalement, ces sorcières étaient de vraies langues de vipères). Je ne savais pas quoi penser quand je les voyais si proches l’un de l’autre. Harry n’était pas du tout mon style, il était surtout bien trop vieux pour moi, mais je ressentai une pointe d'agacement quand elle lui caressait le bras pour le rassurer.    Il va en avoir besoin, car ce qu’on s'apprêtait à faire était d’une complexité sans nom. Nous allions d’une part réveiller le corps de sylvain mais surtout récupérer un bout de son âme pour trouver des infos sur notre tueur. Autrement-dit, nous allions réaliser un des réveils le plus complexe de la nécromancie.   Harry et Eva prirent place devant la table d'autopsie. Il me fit signe d’approcher. Je m'exécutai et Ches’ grimpa d’un bond sur la table. Il s’assit la queue replier sur lui en amont de la tête de Sylvain. Harry prit la main d’Eva et elle lui sourit tendrement. J’eu tout à coup envie de lui mettre mon point dans la figure. Harry s’adressa à moi :    “ Prête ? j’hochai la tête. Petit rappel, dit-il avec un clin d'œil. Ce réveil sera plus ardu que tout ce dont tu as pu être témoin jusqu'à présent. Je vais essayer de rattraper un bout de sa conscience en plongeant au fin fond de son esprit, enfin ce qu'il en reste. Ce sera douloureux donc Eva me servira d'ancrage. Elle se rédit à l’évocation de son nom. Puis, une fois que j’aurais attrapé un minimum de Sylvain, nous le réveillerons. Je te fais suffisamment confiance pour ne pas te rappeler la procédure de réveil.” Je le coupai dans son élan.   “J’ai révisé toute la nuit, je suis prête !” Harry paru dubitatif, Eva, elle, grimaça franchement.    “Bien, nous n’aurons pas besoin de céder une partie de notre âme si nous ne faisons pas d’erreur, et quand je dis nous, je veux dire…” reprit-il.   “Moi ! Je sais, je suis capable d’y arriver cette fois.” C’était à moi de grimacer maintenant en me rappelant ma dernière séance un peu corsée de nécromancie.   Harry hocha la tête puis se tourna vers mon démon.    “ Cheshire, acceptes-tu de nous assister, moi et Alice dans ce réveil?”   Harry et son grand sens du devoir, sans oublier son égocentrisme a tout épreuve, il oublie cependant que Ches n'a rien d’un démon ordinaire.   “Il fait ce que je lui dit de faire” dis-je, ce à quoi mon démon acquiesça avec un sourire.   “Je préfère m’assurer de la bonne coopération de tous les individus actifs dans le processus. Sur ce, commençons, Evangéline, je te confie mon âme.”   Elle se redressa et ferma les yeux. Harry avança et retira le drap qui recouvrait le visage de l’ancien inspecteur. Il traça les runes de réveil dans la chaire du torse de la victime avec un scalpel, puis il les traça sur ses paumes. Je fis de même sur mes poignets (mes paumes servant principalement à rappeler Ches’, je ne voudrais pas que les symboles interfèrent comme la dernière fois). Puis Harry commença les appelles et s’introduit dans l'esprit de Sylvain.   Le réveil s’éternisait depuis trois longues heures et nous n’avions pas pris une seconde de répit depuis. J’ouvris les yeux en cherchant Harry du regard pour savoir ce qui prenait tant de temps et si nous avions fait une erreur quelque part. C’étaient les yeux de Ches’ que je croisai cependant,  le sourire de mon démon s’étira et les yeux de Sylvain s’ouvrirent.  ******* Je passai la porte de la salle de repos du département de Nécromancie. Les muscles de mon dos subissaient encore les retombées de l’épisode : “réveillons Sylvain tous ensemble”. Le démon que je cherchai était assis sur le canapé de cuir positionné à droite du petit coin cuisine, faisant face aux portes-fenêtres du patio.   À cette époque de l’année, il faisait trop froid pour s’installer dehors. À l'exception du démon du vieux, il n’y avait pas âme qui vive dans la pièce austère (si on considérait toujours un démon comme une âme). Je m'installai à sa droite en posant mes pieds sur la table basse. Il émit un grognement de désapprobation. Qu’il pouvait être vieux-jeu parfois !   Je me surpris à me demander ce qu’était sa vie avant. Avant qu’il ne devienne… une âme en perdition. J’oubliais qu’il était un démon. Si je mettais de côté sa vitesse, son ouïe et son odorat, il semblait si… humain. C’est sûr que si on le comparait à Cheshire, il ne pouvait que paraître plus ... humain.   En parlant du loup, le chat se lova sur le pouf en plume disposé à proximité des portes-fenêtres. Je remerciai intérieurement Harry pour avoir défendu ma cause auprès du directoire du D.É.M.O.N.    Quelques jours auparavant, un énième conseil s'était tenu pour discuter du problème que posait mon démon. Chaque fois, une terreur primaire me glaçait les os, faisant écho au tout premier conseil. Celui datant de 5 ans, quand je m’étais liée à Cheshire. Le directoire voulait ma mort, ni plus, ni moins. J’étais, d’après eux, une bombe à retardement. Le vieux y siégeait et avait refusé. Il avait démontré mon utilité ainsi que l’atout que serait un démon sigma dans nos rangs. Suite à cette histoire, il prit la décision de quitter le conseil pour reprendre son poste d’inspecteur à plein temps. De mon point de vue, il était là pour garder un œil sur moi.    Un compromis avait été trouvé à l’époque, je devais garder Ches’ en moi la plupart du temps pour rassurer les employés du D.É.M.O.N., au détriment de ma santé, ce que je constaterai des années plus tard.   Après plus de 5 ans à me battre pour leur prouver que Ches’ n'était une menace pour personne tant qu'il était attaché à moi (pour personne à part moi), Harry, qui siégeait au conseil d'administration depuis cette année, avait enfin réussi à convaincre les vieux croûtons du directoire de m’accorder une audience. Je ne savais pas si c’était mon éloquence qui les avait convaincus ou bien, peut-être que c’était mon improvisation après leurs débuts de refus.   Je m’étais exprimée ainsi  : « soit vous me permettez de le laisser sortir 90 % du temps, soit je m’amuse à réveiller les cadavres de la morgue un par un et je les assigne à nettoyer vos bureaux tous les jours. »   Étonnant mais vrai, une clause dans le contrat des nécromanciens stipulait qu'au besoin, les nécromanciens étaient autorisés à utiliser les réveillés pour la maintenance de l’établissement du D.E.M.O.N. Dans la pratique, personne n'en usait à cause de l’odeur de la chair pourrissante des réveillés. Merci Harry pour l’info !   J’avais regardé les c******* décrépits qui composaient le directoire du D.E.M.O.N. Ils avaient lu dans mes yeux que je m’appliquerai à mettre ma menace à exécution s’ils ne me donnaient pas satisfaction.   Ma santé mentale s’était depuis stabilisée. Ma relation avec Ches’ s’était également apaisée (maintenant qu'il ne lacérait plus mon âme à longueur de journée pour se faire les griffes).   "T’as avancé sur nos affaires ?" demandai-je en posant ma tête en arrière sur le dossier du canapé de cuir.   "Non," répondit-il d’une voix grave.   "Pfff, tu fais quoi ici tout seul alors?"   "J'attends."   "Tu comptes toujours me répondre par monosyllabe?"   "Il y a deux syllabes dans 'j’attends'."   "Tu es presque aussi relou que le vieux, tu le sais ça?" dis-je en levant les yeux au ciel.   "Presque?" un demi-sourire étira le côté droit de ses lèvres.    La porte s’ouvrit sur l’inspecteur vêtu de son long manteau beige et coiffé de son chapeau.   "Ah ! Vous êtes là ! Debout j’ai du nouveau."   Enfin un peu d’action. Je sautai sur mes pieds et tendis la main vers le garçon à ma gauche.   "Tu viens?" demandai-je.   Pour seule réponse, il prit ma main pour se lever, la lâcha, et se dirigea vers la sortie. Je sentis Ches’ grimper sur mon épaule, enfonçant ses griffes dans ma peau, c'était toujours préférable à mon âme pensai-je.   "Allons jouer un peu Alice," grésilla Ches’.   "Que crois-tu que nous faisons là?," murmurai-je en me mettant en marche.   Le sourire de mon démon s’étira en sautant à terre pour suivre l’inspecteur et son démon-humain. 

Chapitre 6 :
Le thon, le chat et le mort

de l'histoire
Cheshire
par chlo_M_Molina
Démon Enquête Horreur

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