Entre les rayons infinis, silencieusement, se déplaçait une grande silhouette aux allures sombres.Elle était drapée d’étoffes blanches, légères, et lâches.Ses mains étaient découvertes, de même que s…
La fatigue accumulée lors des cinquante jours de marche la clouèrent au sol. Enfin devant elle se tenait le lieu de légendes où le sommet de la montagne semblait toucher les constellations du ciel étoilé. Le rouge des oxydes de la montagne ferrugineuse contrastait avec la blancheur des neiges eternelles immaculées que nul n'avait osé fouler. Sanctuaire millénaire qu'elle laisserait intact, là n'était pas son destin.
Pas à pas, presque à quatre pattes dans l'herbe verte, elle avança vers le lac aux étoiles, là où les glaciers venaient mourir dans un miroir d'eau aussi profond que le ciel et à la fraîcheur de l'espace. La morçure glacée de l'eau sur, ses mains ses lèvres et son visage lui arracha une grimace. Mais ses rations étaient vides depuis hier et cette eau cristalline aux pouvoirs divins venaient de la sauver. Son goût doux et rond témoignait de sa pureté. Le froid n'était qu'un faible prix à payer pour le don de vie.
Doucement, Naya revint à son paquetage avant que le soleil n'aille se cacher derrière les cimes accidentées. Dans une demie-heure elle observerait les constellations conquérir leur territoire et la nuit emporter sa bataille contre le jour, mais avant cela il lui fallait dresser sa tente.
Tout en s'agitant pour se réchauffer sous sa polaire, elle repensa à sa grand-mère et ses histoires.
"Tu verras nina, dans les yeux du monde, l'eau te révèlera sa véritable nature.
-N'importe quoi Abuela, le monde n'a pas d'yeux.
- Il en a pour la personne qui y croit. Va voir de tes yeux le sommet et le lac aux étoiles, tu verras que parfois pour que le monde existe, il suffit de le voir."
Les années passées à se faire moquer et traiter de folle avaient eu raison d'elle, voilà 15 ans maintenant. Alors, poussée par la mélancolie et le souvenir de la disparue, Naya était montée en haut de la montagne.
Une fois la tente montée, elle se dirigea au bords de l'eau pour contempler la traînée de lumière sur la surface sans vague. Un cheval sauvage s'abreuvait non loin. Sa taille et sa crinière lui donnaient un aspect majestueux.
Naya se contenta de l'observer et de remercier intérieurement la nature pour ce magnifique spectacle, d'eau, de glace, de terre de feu et de vie. Elle ferma les yeux un instant goûtant la bise du vent glacial du nord et les rouvrit lorsque le Soleil descendait juste derrière le plus haut pic.
Alors le lac continua de briller, d'une lueur diffuse, comme un brouillard lumineux juste en dessous de la surface du lac. Dans le miroir d'eau, une salle, éclairée de manière Isotrope se dévoilait derrière le visage bienveillant d'un géant barbu aux yeux blancs. Il souriait aux anges comme le ferait un bébé et quand l'astre solaire abandonna définitivement son territoire à la nuit, l'image du géant se referma sur elle même comme les pages d'un livre.
Nina s'endormit ce soir là imaginant sa grand-mère gravir la montagne du bout du monde et assister à ce spectacle. La folie serait héréditaire.